BAYGINOT Rodia

> Artiste peintre - et plasticienne

 
 
 
email : cliquez ici
site : www.rodiabayginot.com
Petites Annonces
'Art postal' Toile 92X73 cm <br>1200 euros
'Ecrituries' Toile 92X73 cm - collection privée -
'Grand arbre vert' Toile 97X130 cm<br>1500 euros
'Le voyage en train' Toile 120X60 cm 2008
'Livres clos', deux séries :  2001 et 2006
'Les kakemonos, carnets de croquis enroulés' en cours
'Les supports mobiles, bipèdes et sympathiques' Intervention artistique en 'work in progress' qui s'enrichit chaque mois de nouveaux 'bipèdes sympas' (à voir sur mon site www.rodiabayginot.com) - Plus de mille neuf cents personnes ont accepté une prise de
'Frida Kahlo', toile 92 sur 73 cm, réalisée en janvier 2010 pour une exposition collective sur ce thème
'Insecte 2I' appartenant à une série en collaboration avec une biologiste et un photographe, toile 92 sur 73 cm, 2011, 1200 euros
'Diva', toile 92 sur 73 cm, réalisée en janvier 2012 pour une exposition collective sur ce thème

Présentation

Rodia Bayginot expose depuis 1992 et se définit comme une gacha empega c'est-à-dire « de celles qui en mettent de partout » : présente au Fonds Communal d’Art Contemporain de la Ville de Marseille, habituée de Festivals d’Art singulier et de galeries de peinture traditionnelles, elle considère que sa démarche n’aurait aucun sens si elle ne montrait pas également son travail dans des endroits moins spécialisés comme des centres culturels, bibliothèques, théâtres et lycées ou même des bars, un garage de réparation mécanique, un bureau de poste, une résidence pour personnes agées, une maison de garde-barrière en risque de démolition... Avec le concept des "Supports mobiles, bipèdes et sympathiques", elle expose aussi sur des gens.



Rodia Bayginot anime depuis six ans l'atelier de créativité artistique à L’Université du Temps Libre d’Aubagne, atelier qu'elle définit comme un laboratoire (tous niveaux) de dédramatisation et de décontraction artistique.



Née à Marseille d’une Nordique et d’un Méditerranéen, ce mélange de cultures se retrouve dans sa peinture et ses créations variées sous la forme notamment d’un questionnement permanent de la forme et du support : ainsi sont nés les « livres clos » (refermés autour de leur secret), les kakémonos (carnets de croquis à dérouler ou à suspendre), les « presque rien » (tableaux d’illustrations presque blancs), "les supports mobiles, bipèdes et sympathiques" et un grand nombre de collaborations artistiques avec d’autres plasticiens, des photographes, mais aussi des auteures et des gens de théâtre, une naturaliste et de nombreuses associations impliquées dans la vie de la cité.


Rodia BAYGINOT lives in Provence and her works have been exhibited since 1992.

Her art is shown at the FRAC (Contemporary Art Foundation for Marseille and Provence), and she has been invited often to exhibit in the “Festival d’Art singulier” (Folk Art or Outsider Art Festival) in Roquevaire and Aubagne.

Among others exhibitions, we will mention: “Le Pluriel des Singuliers III” (The Plural of Unique III) at the “Espace 13” Gallery in Aix en Provence (the gallery of the Administration of Provence region), “Voeux d’Artistes” (Artists’wishes), European and French circuits of BAZART (art shows in department stores), the exhibition of the “Regart de Provence Fondation” in the Borelly Castle, Marseille. She is one of the original participants in the exhibits of “Reg’Art de Femmes” (works by and about women) in Aubagne.

Rodia BAYGINOT has also had many personal temporary exhibits and some of her work is also in the permanent collections of art galleries.

From her paintings covered with imaginary signs to “kakemonos”(canvasses rolled like parchments that can be unrolled, if you like), closed books (books that enclose a secret for ever) and the next-to-nothing (paintings “almost” white inspired by oriental poetry), she continues a personal quest, a journey across the “great ocean of inner experience”.



Traduction TORREN-MANEKIN


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RODIA BAYGINOT : LA FORCE DE L’IMAGE par J.P Gavard-Perret



En une demi-conscience Claude Lantier, le peintre de Zola dans les Rougon-Macquart, achève la peinture d'une femme nue. Le narrateur qui prête sa voix à la voix intérieure de l'artiste en parle ainsi : "qui donc venait de peindre cette idole d'une religion inconnue ? qui l'avait faite de métaux, de marbre et de gemmes, épanouissant la rose mystique de son sexe entre les colonnes précieuses des cuisses sous la voûte sacrée du ventre . Etait-ce lui qui sans le savoir était l'ouvrier de ce symbole du désir insatiable, de l'image humaine de la chair devenue de l'or et du diamant entre ses doigts dans son vain effort d'en faire une vie". On voit là toute la problématique de la peinture : à la fois sa force de transfiguration et sa limite que Schopenhauer souligna lui aussi. L'image n'est qu'une image : elle n'est ni la vie ni le réel. Mais c'est paradoxalement là d'où elle tire sa richesse et il ne faut pas faire peser sur sa "minéralisation" dont parle le philosophe allemand la tristesse du "taeduim vitae". Il convient en effet de trouver dans, par la peinture - mais pas n’importe laquelle - non le code mais les indices du code car le regard du peintre est - contrairement à celui de l'écrivain - essentiellement cadré. Il isole, donne voir un corps - et quel que soit ce corps - comme fragmenté. Et s'il le considère dans sa totalité, c'est pour le restituer comme objet (inverse du sujet) , comme simulacre. On ne peut donc peindre qu'en privant d'être l'objet du regard. Circonscrivant l'espace, immobilisant voire le sujet, le peintre est à ce titre le double heureux de l'écrivain tel qu'il redoute (à tord) d'être : celui dont les mots demeurent lettres mortes. La peinture comme la littérature proposent l'objet privé d'être : l'enfant sur la toile du Claude Lantier de Zola est mort comme la fleur de Mallarmé est absente de tout bouquet. La peinture fait ainsi comprendre l'irréalité de la littérature à ceux qui ne veulent la reconnaître. Toutes deux nous proposent des apparences mais la peinture l'accepte, ne se prend pas pour ce qu'elle n'est pas. Elle se sait machine à représenter les figures à quoi se réduisent les puissances de la vie. Mais, conscient de cette limite, le peintre peut soustraire quelques visions de la destruction car il sait que la destruction seule fonde et justifie son entreprise.



Re-présentation, erstaz, monnaie de singe qu'importe. Car le plaisir que nous prenons à la contemplation de l'œuvre de Rodia Bayginot tient en grande partie à notre capacité de fantasmer, de fabuler à partir d'un certain nombre d'éléments primitifs qui deviennent pour nous des figures, une histoire. Taches et formes, couleurs et pans font entrer en nous l'œuvre et son inconscient qui se met en symbiose avec le nôtre. Ce dernier parcourt alors avec délectation un chemin constitué - à travers la peinture - d'associations. Le tableau ne touche en effet que si l'effort premier de contemplation se transforme en discours intérieur qui résonne des propres fantasmes et des attentes du regardeur. Celui-ci est soudain éclairé par les propositions de la peinture : la solitude, l'exil, l'amour, le sexe trouvent dans ce qui paraît « abstrait » des accentuations que le contemplateur troublé ignorait jusque là. L’art de Rodia Bayginoit permet en conséquence de franchir des strates et des portes pour notre passage au monde. En ce sens bien sûr cette peinture reste toujours la Psyché mais une psyché qui élargit notre propre image jusqu'à la dé-figurer, la déchirer pour n'en laisser apparaître que les gouffres les plus obscurs mais pas les plus amers au sein de tout ce qui scintillent (couleurs et éléments symboliques). Une telle recherche nous transforme en transfigurant le lieu où nous sommes en domaine de représentation quasi « théâtrale ». A chacun son spectacle, à chacun sa pièce à travers un travail qui suscite en soi-même des émois particuliers, des lieux encore inaccessibles et insondables. L’oeuvre de Rodia Bayginot permet ainsi un fantastique voyage d'exploration autour d'un univers intime toujours côtoyé, jamais visité et dont la circonférence restera toujours incertaine et le centre toujours inconnu puisque la femme (fée ou sourcière) en est l'axe de gravité.



La transgression, la belle incertitude et la limite de la peinture d’une telle artiste tiennent à ce plongeon au cœur des fantasmes qu'elle ne peut manquer de susciter au risque de ne plus rien nous dire. Elle est donc le lieu, l'objet d'un étrange amour et d'une sorte de sacrifice qui a quelque chose à voir avec la vie et la mort. Dans la communauté (inavouable ?) du support avec son regardeur quelque chose d'essentiel se joue lorsque ce dernier sent que là se meuvent ses fantômes, ses poussières d'âmes et de corps les plus archaïques. "Perds toi toi-même, possède-toi toi-même" semble dire l’oeuvre en son injonction silencieuse on nous proposant ses images de rêves ou de cauchemars. Elle nous rappelle à elles, à eux en nous rapprochant de ce qui comme disait Magritte ne sera jamais une pipe mais qui nous pousse soudain, dans son absence de réalité, à gratter encore plus le visible pour voir dedans, pour voir au milieu, pour en être enfin. L'origine du monde de Courbet n'est à ce propos que l'approche lointaine d'une barrière à franchir. Le pictural vaut ainsi bien plus que par ce qu'il montre (sujet) : c'est sa chose, sa choséité dont parlait Beckett qui nous intéresse, ce quelque chose d'autre qui nous est réservé mais sur lequel nos mots n'ont pas encore de prise ou achoppent. Dès lors, la peinture nous trouble parce qu'elle est geste qui s'érige contre la langue (qui ne viendra qu'après ou jamais). C'est bien l'acte interminable du supplice de nos questions et de nos (re)commencements à travers ses femmes, digression de diverses Mélusine qui telle des sirènes nous appellent non par leurs chants mais leurs atours.



Contre les terres brûlées de l’absence, contre les territoires asséchés par nos manques le travail de Rodia Bayginot devient ce qui serpente dans la mémoire pour la segmenter afin que les Mélusine s'y immiscent à tout coup. Nous en épousons soudain ses vibrations. Certes nous savons que son abri n'est que précaire : il n'empêche. Sa force demeure liée à sa lumière qui reste souvent ombragée malgré le flamboiement des couleurs et le baraque des formes. Elle est aussi la voix qui parle à travers les bouches archaïques autour desquelles tourne encore un soleil espéré. C'est donc le geste qui nous arrache à nous mêmes, à ce qui en nous demeure secret mais reste prêt à naître, à se laisser aller et qui ressemble au fameux chant hindou qui frôle "le sexe de l’air ". Il convient de se laisser aller aux morsures d’une telle oeuvre, d’anticiper à travers sa surface le futur d’une pensée ou d'un impensé que les mots ne pourront peut-être jamais saisir. Car si “ l’écriture ne quitte pas ” (M. Duras), la peinture ne doit pas se quitter : ce n’est pas une maladie dans laquelle on s’enfonce c’est et contre toute attente un accès à une nécessité vitale. La chute n’est donc pas une nécessité. La peinture de Rodia Bayginot peut devenir la décision de s’en relever, de s'en délivrer : il suffit de la regarder pour se regarder. Car on ne trouve pas la solitude, souvent on la fait - sans le savoir vraiment - dans la terreur et l'extase. On se la fait parce qu'on l'a décidé, parce qu'elle était là de toujours, parce qu'on la voulait puisqu'on ne pouvait faire autrement au moment où la lumière scintille comme un caillot incandescent qui éclaire l’espace féminin d’un voeu dans les narines du vide.


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Rodia BAYGINOT par Danielle TZAPRENKO



Attends, imagine une page blanche, tu la vois ?

Blanche

la page.

Et puis la main qui se pose et qui l'a remplie la page blanche, d'une multitude de petits signes noirs informes, serrés, blottis les uns contre les autres, si serrés, si blottis qu'à la fin on en voit presque rien, qu'une masse un peu maussade. Imagine...

Wait, imagine a blank page, can you se it ?

Blank

The page

Then the hand on it, the hand that has filled it with lots of shapeless black signs crowding and huddling together , huddling so tight that eventually you can hardly make out anything but a rather sullen mass… . Imagine…

Mais je penche mon visage vers la feuille gribouille et soudain, étrange impression, je découvre, je surprends des têtes, des corps, des pieds, des personnages. J'attends quelques secondes et soudain, un personnage, plus impertinent que les autres, se détache. Il se tient droit, simplement tout droit, mais la main en l'air, il me fait signe, de la main je veux dire.

But here I am leaning towards the doodle sheet and lo, what a strange feeling, I discover , I distinguish heads, bodies, feet, characters.. I wait for a few seconds and suddenly a character , who might be more impertinent than the others, stands out . It’s standing straight , simply straight, but with its hand in the air it’s sending me some sign, waving some signature I mean.

C'est la peinture Bayginot, (pas que cela, ce serait trop simple, et justement elle n'aime pas ça la simplicité !) elle fait des signes cette peinture. Des signes qui nous font signe et qui nous regardent, étranges, souvent étranges. Un peu tordus comme on peut l'être dans la vie, un peu penchés aussi... qui se cherchent et qui cherchent.

That’s Bayginot painting ! (Not only that, it would be too simple, and precisely she doesn’t like simplicity ). Painted signs making signs at us, looking at us and looking strange, often strange. A bit crooked as one can be in real life, a bit bent ….looking for themselves, looking for something.,

Émotion d'un instant inexplicable inexpliqué, porte vers cette interrogation (et elle en est pleine d'interrogations la Bayginot)..

Naissance, la nôtre ? ou celle de ces petites vies ?

Mais finalement n'aurait-elle pas dessiné des mots ? A moins que ce soient eux qui la dessinent ?

Au moment où l'on s'y perd, les voilà secoués les petits bonhommes, couleur sang, violence du jaune, sombre noir qui sombre, appel à l'aide, et rester là, à regarder, captivée.

Emotion of an unexplainable, unexplained moment. A door opening to that question ( and that Bayginot lady is full of questions

A birth ? Our birth ? The birth of those little lives ?

But hasn’t she in fact drawn words ? Or might those words have drawn her ? Just when we ‘re about to get lost, the little beings get all shaken up, blood-red, violently yellow, deep sinking black, calling for help, and what can we do but stay here fascinated ?

Mais l'artiste me montre aussi que la vie ce n'est pas que cela :

"Déchirure" heureusement, "Réparation" il y a. Elle aime ça la réparation, on peut même se demander si elle ne cisèlerait pas certaines de ses oeuvres pour mieux les réparer. Comme une seconde naissance en quelque sorte. Et dans le mot naissance il y a sens, essence aussi. Essence des sens.

Fortement, elle revendique la liberté de ses toiles, être sans étiquette aucune : "Je suis donc je suis", une de ses devises.

Prévert a croisé sa pupille.

But that artist also shows us that life isn’t only that. « Tearing apart » , fortunately. « Repairing » follows . She loves repairing. We might even wonder if she doesn’t tear at some of her paintings in order to repair them. Like a second birth in fact. And in « naissance » (the french word for birth) there is « sens »

( sense, meaning or direction) and also essence. Essence of senses..

She strongly claims freedom for her paintings, freedom from all labels. « I am therefore I am, one of her mottos.

Prévert has left an image in her eyes.

Tandis que l'Oracle de Delphes tel une mémoire un peu oubliée d'un art enfoui quelque part, là-bas. Loin. Attends.

Bayginot, c'est aussi une superposition d'images.

J'effleure du doigt celui-ci, rêche, crisse, bosse, un public de personnes aveugles pourrait y goûter. Elle y a pensé.

While the Delphes oracle like a slightly faded memory of an art buried somewhere far away, waits…

Bayginot is also superimposed images

A soft stroke of my finger on this one, it’s rough, it screaches, it humps and bumps, blind people could explore it delightfully. She’s considered it.

Apprendre à voir autrement. Comme si au-delà d'une apparence, il y en avait une autre et au-delà de celle-là, encore une jusqu'à la fin, mais la fin de quoi ?

Relief, couleurs, acrylique, blanc, noir, surprise, harmonie, harmonieux, estompe, fragile, mémoire, tissu, signature, nuance, faux-semblant, picto, trou... Eux ? Nous ? Moi ?

Learning to see in a different light. As if, beyond appearances, there were more of them, and more and more, until the end, but the end of what ?

Relief, colours, acrylic, white, black, surprise, harmony, harmonious, stump, blurred, fragile, memory, material, signature, shade, sham, trompe-l’œil,, picto, hole…..Them ? Us ? Me ?

Qui sont-ils ? Mais je crois qu'il y en a un qui m'appelle ou qui veut sortir de la toile. Bleus, tous les bleus ou presque, étonnants, celui que j'aime et celui que je n'aime pas. Trace d'existence.

Il me fait encore un petit signe, alors je fonce, tout droit sans m'inquiéter, indifférente aux regards.

Who are they ? But I think one of them is calling me or trying to walk out of the canvas. Blue, all kinds of blue or almost, how astonishing!.. the one I like and the one I don’t. Life has left its footprints. The little being waves at me again, so I rush behind him carelessly, ignoring people’s glances….


Danielle Tzaprenko
mai 2005
may 2005

Traduction Danielle VIOUX
Nov 2006