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Alexia Turlin

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ALEXIA TURLIN : HABITER LE TEMPS ET L'ESPACE
par Jean-Paul Gavard-Perret

Alexia Turlin - Mind mapping
Alexia Turlin vit et travaille à Genève où elle anime un atelier avec d'autres artistes au sein de la « Milshake Agency ». Ce lieu fonctionne aussi comme une agence artistique et s'oppose aux artistes qui opèrent dans le sens du vent. La créatrice se sent un peu dans l'art et dans la vie. Une amie écrit à son sujet qu'elle « n'a de cesse de monter et descendre des montagnes et tenter d'accéder à une ville inconnue et interdite! ». Proche d'artistes de divers domaines tels que Daniel Spoerri, Pipilotti Rist, Bjork, Apichatpong Weerasethakul, Philippe Parrenno, Michel Gondry, James Turrell, elle travaille aussi bien le dessin que l'installation, la peinture murale que la photographie, la vidéo que la sculpture sans oublier le livre, le mobilier et l'aménagement urbain.
Elle aime à rappeler la formule de Beuys "nous sommes des oeuvres inachevées » pour justifier son parcours pluri vecteurs. A titre d'exemple en 2005, l'artiste s'est retrouvée en résidence au Centre hospitalier intercommunal d'Annemasse-Bonneville où elle travailla sur un projet artistique autour de la gestion des risques à l'hôpital. Toute sa création garde pour objectif de tisser des liens entre l'art et la vie, entre les oeuvres et les spectateurs mais aussi entre les spectateurs eux-mêmes. Alexia Turlin se revendique à elle seule telle « une sorte d' « agence artistique cross over ». Ses oeuvres sont le fruit de ses rencontres et de ses voyages. Il lui suffit par exemple d'investir d'un hall d'entrée des plus communs pour l'aménager à sa main afin de le métamorphoser en un espace poétique.
Les situations dans son œuvre jouent autant que les formes et les espaces sans pour autant structurer le tout dans un simple but de la représentation. Elle demande une participation active de ceux qui sont conviés à se situer non seulement devant mais parfois au sein même de ses propositions. Photographies, peintures, installations ou actions deviennent autant des formes paradoxales qui sont là pour solliciter l'imaginaire et l'attention du spectateur de passage.
Alexia Turlin s'exclut de la manipulation, de la séduction, de la provocation, bref de tout ce qui engendre du factice, du factuel, de l'évènementiel sous lesquels l'art croule aujourd'hui dans bons nombres d'aventures qui ne sont que du tourisme. Ses « mises au carré » emportent loin du conformisme. Surgit une redistribution des rôles dévolus à chacun. Alexia Turlin joue sur un "contingencement" (Didi-Huberman) qui s'éloigne du pragmatisme comme d'un pur état d'âme. Ses oeuvres sont des anti-objets d'art mais non des anti œuvres d'art. Elles offrent un état de transformation. En surgit l'exclusion de la paraphrase : tout est "à l'image" en une suite d'anaphores qui sortent de la clôture habituelle où nous croupissons.
Il faut donc s'en remettre aux gestes d'Alexia Turlin. Des gestes qu'elle ne cesse d'élargir avec une joie troglodyte et un humour synonyme d'un souffle qui remplit tous les espaces qu'elle investit. L'artiste les occupe afin d'en extraire le « froid » pour atteindre un sens cérémoniel mais sans ambages. L'œuvre garde comme origine son mouvement vital. Elle fait lever un monde dans la grotte mentale par l'émotion travaillée, sertie, développée. Celle-ci possède la puissance de recourber le néant en créant des seuils franchissables vers ce que l'on peut appeler une forme d'espoir au sein des abîmes creusés au fil du quotidien.

Jean-Paul Gavard-Perret.
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.