Artistes de référence

Alec Soth

Mirondella
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Exposition permanente

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Contrats du monde de l'art
de Véronique Chambaud.

Cet ouvrage rassemble les contrats et accords essentiels dont un artiste a besoin tout au long de sa carrière : contrat d'exposition, de commande, de projet artistique, accord de dépôt-vente, bail d'atelier, mandat d'agent d'art, cession de droits de reproduction, etc.

A la fois théorique et pratique, l'ouvrage offre aux artistes, aux professionnels du marché de l'art et à leurs conseils un support de réflexion et une aide à la rédaction des contrats indispensables à la sécurisation des relations sur le marché de l'art et la défense des créations artistiques.

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L’AMERIQUE D’ALEC SOTH : DE TOUS LES JOURS ET DE TOUS LES MONDES

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Alec Soth, “Lac Soth’s America : from here to there” Ed. Walker Art Center, Minneapolis et Hatje Cantz, Berlin.

“From Here to There: Alec Soth’s America » est le premier catalogue consacré à Alec Soth. Né en 1969  à Minneapolis il est devenu un des photographes majeurs de l’époque à travers sa narration iconographique de la vie quotidienne des américains. Il reprend le flambeau de cette grande tradition de la photographie des USA incarnée entre autres par Paul Strand. L’artiste saisit mieux que personne l’ennui et la banalité des américains suburbains. Il les capte dans des parkings, des chaînes de restaurants ou des clubs de strip-tease.

Soth devient le photographe de la vie postindustrielle. Il plonge dans le roulis d’existences ordinaires et qui brillent de leur crasse. Mais tout cela ne se fait pas sans émotion pour celui qui nous rapproche au plus près de nos propres vies.  A travers ses portraits nous imaginons ou nous envisageons les nôtres. Plus question de se perdre dans les images dérréalisantes des songes  que la peoplisation octroie.

Le photographe reprend l’existence de tous les jours en des images miroirs impitoyables. La joie semble absente. L’ennui ne connaît pas de vacance pas plus qu'il ne connaît l'oubli. La musique et l'alcool à travers de telles photographies ont des sons et des parfums de vide. Et sous ses vêtements l’être lui-même est en absence. Soth fait errer encore dans le sensible mais pour que se perçoivent les déserts des tartares des deux côtés de l’atlantique. Chaque être semble vivre au hasard comme éloigné de toutes références connues en tenant comme il peut au cœur d’une humanité en perte de vitesse. Elle évoque  moins une forme que l’appartenance à un règne improbable et lui aussi en déliquescence.

Tous les clichés du photographe parlent la fragilité de l'homme occidental face à son environnement et dénonce le système de destruction progressive dont il est la victime autant que le responsable. Chaque portrait semble en suspens comme si une épée de Damoclès pesait sur lui avec une corde légère et discrète. Ce qui suppose qu'elle risque de se casser mais on ignore à quel moment. Pour le suggérer l’artiste ne passe pas par l’allégorie. La traque du réel suffit. La fulguration de son travail tient à la puissance de saisir l’éphémère porteur de l’histoire la plus profonde de la civilisation.

Cette esthétique rejoint le radicalisme cher à la postmodernité. Elle provoque chez le spectateur des expériences perceptives élémentaires au sens “ watsonien ” du terme. En effet devant elle on a envie de s'écrier : “ Bon sang, mais c’est, bien sûr ! ” même si l'artiste chaque fois pose les problèmes fondamentaux du « voir » de la photographie et de nature la réalité qu’elle propose.  Chez Soth l’image représente un corps mais elle est aussi par son langage même « du » corps. Elle est donc bien  métaphore du réel en partant toujours d’une expérience vécue, sollicitée toutefois de manière indirecte.

L’œuvre emporte vers des situations et des constructions autant perceptives, mentales, qu'affectives. Elles montrent sans montrer même si pourtant tout semble "y" être ou presque. Le travail de Soth tue les évidences. On peut appeler cela un geste de remise symbolique qui replace ou plutôt déplace le réel et sa vision. C’est pourquoi l’indifférence est impossible puisque l'artiste nous fait entrer dans un travail de reconstruction. Le regard n’est plus ajusté et l’image n’est plus un combustible à fantasmes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.