Artistes de référence

Agathe May


Le guide de l'artiste: Tout ce que vous avez toujours voulu savoir pour émerger dans l'art

A l'adresse de tous les artistes, professionnels et amateurs, ce guide volontairement concret rassemble l'essentiel de ce qu'ils ont toujours voulu savoir pour émerger dans le monde de l'art contemporain en France et à l'étranger. Il apporte des réponses aux questions clés quand on veut réellement évoluer dans l'art, à la sortie d'une école d'art ou en autodidacte : Qui sont les acteurs du monde de l'art ? Quels sont les choix à faire au départ ? Comment assurer sa viabilité ? Quelles pistes pour développer sa visibilité ? Sorte de petite "bible" de conseils stratégiques et pratiques, Le Guide de l'artiste livre les conseils et les secrets utiles, et souvent étonnants, des plus grands spécialistes français : le curateur Nicolas Bourriaud, la directrice de la Fiac Jennifer Flay, le président du Prix Marcel Duchamp Gilles Fuchs, le collectionneur Guillaume Houzé, le galeriste Emmanuel Perrotin et le directeur du Palais de Tokyo Marc-Olivier Wahler, qui interviennent aux côtés des plus grands collectionneurs, galeristes, directeurs d'institutions et curateurs de la scène internationale. Mais c'est aussi un carnet d'adresses regroupant en un seul volume plus de 1 500 contacts et adresses de professionnels et d'organismes d'art contemporain : lieux d'exposition, centres d'art, galeries, foires, biennales et festivals, mais aussi bourses, prix et résidences d'artiste, sans oublier les écoles d'art, revues et éditeurs liés à la scène contemporaine. Visant à offrir au lecteur la plus large visibilité du monde de l'art contemporain en France et à l'étranger, Le Guide de l'artiste est un ouvrage destiné à devenir un incontournable pour ceux qui veulent faire de l'art le coeur de leur vie.

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AGATHE MAY LA PASSANTE
par Jean-Paul Gavard-Perret




« Kyoto » - 2008 - xylographie à encrage
monotype rehaussée (galerie Catherine Putman) 153 x 65 cm

Agathe May choisit ses modèles dans un cercle très intime. Ses œuvres sont frontales, et verticales autour desquelles viennent souvent s'inscrire animaux et objets simples et quotidiens. "Ça s'impose. Graver est lié à dessiner. C'est un circuit de gens très proches de moi. Il y a toujours des gens dont j'ai envie, et d'autres que je ne dessinerai jamais, parce qu'ils ne posent pas devant moi avec assez de complicité. Sans la participation de l'autre, ça ne marche pas" écrit l'artiste qui développe un dialogue ininterrompu.

Penser soudain à propos de ces œuvres à certains lieder de Schubert ou aux Romances sans paroles de Mendelssohn : Romances sans paroles. La peinture-gravure est une suite de sons tenus presque comme s'ils ne voulaient pas être lâchés tant la douceur retient. Des sons très forts, exagérément forts que l'artiste suggère dans une intensité de regard.

Désir pur et attention profonde sous-tendus dans la peinture et le dessin d'un âge d'or qui anime toujours l'acte de peindre et de dessiner. Surgissent des formes « stratifiée » du corps par effet de surface - et cela par effet de « gravure », Témoigner et retenir ce que fait l'art lorsqu'il ne se moque pas du monde mais porte attention à l'Autre (peu d'artiste sont capables de cette mise aux rencards de l'ego).

Insistance, délicatesse : La première sert afin que l'image ait tous ses attributs, et que le mot « envol » ait son emploi . La seconde a le savoir et l'emprise sur tous les éléments du corps, mais aussi ce même mouvement d'envol.

Le corps, le regard qu'on ne remarque pas, Agathe May en devient l'ordonnatrice : il faudrait la voir, la surprendre en ce moment préparatoire où elle regarde. Lèvres, épaules. Indications, repères, points de naissance, telles sont les directions qu'a eues en tête l'artiste pour nous décadrer de nos lignes de lecture du monde.

Dynamisme aussi. Compléter parfois le corps par la couleur. Est-ce lui donner vie ? Chaque fois et à,chaque passage trouver de nouvelles précisions. S'il y a durée, c'est plus dans la continuité du ou des " sujets " que dans chacun d'eux. Chaque fois avec des avancées de couleurs, de lignes, Agathe May propose une ou plusieurs naissances qui contiennent forcément des abandons, une « complétude » nouvelle qui sont presque les rênes de l'attelage pour chacune de ses oeuvres.

Agathe May donne à voir que des commencements, des naissances Mais dans la seule mesure que ces naissances sont accomplies. Celle ou celui qui regarde fera le " reste ". Et pourtant il y a un paradoxe dans cette attitude : certains formats paraissent séduisants parce que la matière semble riche de douceurs par superposition de couleurs parfois opposées d'autres tirent leurs convictions du monocolore soulevé par la gravure.

Une force vitale accapare toute l'étendue par acceptation de la contradiction, de l'ambivalence (femme-homme, jeunesse-vieillesse). La valeur de l'oeuvre d'Agathe May tient à son effet d'étrangeté du quotidien, ce quotidien d'habitude qui laisse en suspens des questions qui nécessairement concernent celui qui regarde, pour qu'il n'y ait plus que l'oeuvre elle-même recueillant, sous peine de disparition, tous les regards, toutes les interrogations, toutes les naissances.

Le corps parfois en fragment uniquement posé sur la toile par des lignes, cela pour ne pas être subjugué par le corps entier (et ses clichés) ou, très loin de soi. Pour parler de l'oeuvre (du moins tenter de le faire) de souvenir des mots de « A une passante » de Baudelaire : « La douceur qui fascine et le plaisir qui tue ». Dans la brièveté de la rencontre surgissent du moins dans quelques détails des éléments de la beauté qui n'est plus « normalisé ». Ainsi l'oeuvre a sa beauté telle la passante à travers le dessin, la gravure, la peinture et leur beauté.

Chaque fois Agathe May dessine, grave d'abord avec une extraordinaire précision sur une plaque de bois ou de linoléum. Puis elle y dépose ensuite la couleur au pinceau ou au rouleau. Elle cesse alors d'être graveur pour devenir peintre. Elle applique ensuite le papier, japon de grand format, variant à chaque passage couleurs et encrages. Chaque oeuvre est unique " Il n'est ici deux oeuvres semblables" dit-elle. Comme de véritables monotypes, elles varient les teintes, le climat de la figure, son expression psychologique même. C'est un art de l'unique qui ouvre sans cesse des décisions esthétiques renouvelées.


Jean-Paul Gavard-Perret.
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.