Artistes de référence

Elvire Bonduelle

Elvire Bonduelle

» le site


Contrats du monde de l'art de Véronique Chambaud.

Cet ouvrage rassemble les contrats et accords essentiels dont un artiste a besoin tout au long de sa carrière : contrat d'exposition, de commande, de projet artistique, accord de dépôt-vente, bail d'atelier, mandat d'agent d'art, cession de droits de reproduction, etc. Après avoir précisé le cadre juridique des droits de l'artiste sur ses œuvres, les règles de rédaction et négociation des contrats du monde de l'art, il propose 25 modèles de contrats expliqués et adaptés aux exigences actuelles du marché de l'art.
Pour chaque contrat, l'auteur étudie le contexte légal et jurisprudentiel, donne un commentaire pratique sur les différentes clauses proposées et fournit un mémo de négociation, pour savoir le négocier et pouvoir l'adapter.
A la fois théorique et pratique, l'ouvrage offre aux artistes, aux professionnels du marché de l'art et à leurs conseils un support de réflexion et une aide à la rédaction des contrats indispensables à la sécurisation des relations sur le marché de l'art et la défense des créations artistiques.
» en savoir plus

 



LES MISES EN BOITES D'ELVIRE BONDUELLE
par Jean-Paul Gavard-Perret

Exposition personnelle chez
Onestar press, Paris, 2012


Elvire Bonduelle est née en 1981. Elle vit et travaille à Paris et est diplômée de l'ENSBA. Elle travailla principalement dans le studio de Richard Deacon. Depuis 2007, ses oeuvres sont exposées en France comme à l'étranger (Fiac, ArtBasel, Arts Brussels par exemple). En 2012, l'artiste sera présentée dans le cadre d'expositions personnelles à Paris (galerie I. Gounod et Immanence) et à Milan (Galleria Gallica) et à Innsbruck. Son travail est déjà très identifiable. Un de ses premiers travaux était "les instruments pour le bonheur" : un sèche-larme, un tire-bouche, des œillères, etc. furent présentés sous forme d'une vidéo-mode d'emploi de type télé-achat. L'artiste était totalement sérieuse dans son propos. Elle fut très perturbée par l'accueille de son projet : les gens riaient de bon coeur. L'artiste savait que ces instruments ne seraient pas relayés dans la « vraie » vie mais elle comprit qu'ils seraient sinon des symboles d'un désir d'être heureux du moins un premier palier vers une autre manière d'envisager la présence.

Passant à un autre support, avec ses « Moulures » l'artiste trouve une reconnaissance internationale. Cette série donne à l'espace une présence étrange et fantomatique par des reprises de formes sur lesquelles le visiteur peut s'asseoir. Les « moulures » épousent parfaitement le corps au repos. Il s'y abandonne comme soumis au plaisir de la fixité d'une vague apaisante. Ces œuvres sont placées à l'extérieur de la galerie comme à l'intérieur où elles peuvent former le dernier salon où l'on cause et surtout regarde. Le spectateur est pris dans le blanc laiteux, - un blanc de neige qui a inspiré récemment l'artiste lors d 'un travail dans une station alpine (Innsbruck).

A Paris il n'existe plus de sortie sur un jardin, dans un parc ou au sommet d'une montagne. Les « Moulures » s'imposent à elles seules pour un temps d'introspection. Une telle série devient une œuvre à l'œuvre avec les autres travaux de l'artiste : entre autres des dessins tracés à la règle. L'artiste utilise de motifs prédécoupés (lettrines, formes géométriques prêtes à être reportées). La série « Maison, voiture, chien » deviennent ironiquement et de manière minimaliste la trace d'un bien être familier. Tirés en grand ses dessins tracés au crayon papier et de couleur, aux feutres et stylos bics rentrent en écho avec les « Moulures » et prolonge l'idée d'une décoration intérieur à l'atmosphère aussi standard qu' intrigante , attirante et troublante. Toutes ces formes minimalistes paraissent prêtes à une création de masse faite pour habiller des intérieurs chics.

L'artiste revendique une approche d'un certain bonheur, d'une forme d'art de vivre mais très particulière. Il ne s'agit pas pour Elvire Bonduelle d'offrir une beauté décorative, un design décalé juste ce qu'il faut. Son travail n'est pas seulement formel. La forme chez elle renvoie à un contenu critique. L'esthétisation apparente renvoie à une conceptualisation du quotidien et des objets. Et lorsque l'artiste rassemble dans « Le Monde » ou « El Pais » pour collationner uniquement les bonnes nouvelles, cette activité « d'écriture » est de fait un réécriture de ce qui imposé par le monde médiatique comme par celui des images. A défaut de « changer la vie » l'artiste la chante en proposant ces « coups » apparemment simples, anodins et insignifiants. Ils modifient pourtant les choses. La créatrice propose divers moyen comme elle le dit « d'arrondir les angles ». Ses « coussins-cales » deviennent des supports aux inconforts du quotidien, ses « larmes » des enjoliveurs sérigraphiés sur les pages des journaux ou sur les T-shirt pour en conjurer la douleur.

Elvire Bonduelle opte donc pour un esthétique inattendue : celle de la joie, de la légèreté. Elles restent cependant à travers ses images objets aucunement béates. Et la naïveté affichée est par elle-même une ironisation intrinsèque à tout ce que l'artiste invente. La présence même d'objets auxquels – avant elle – on n'avait pas pensé illustre la difficulté à vivre dans un univers où l'être passe au second plan comme s'il était un objet parmi d'autres. Drôles, abruptes, critiques les créations jouent de la superficialité pour aller plus loin et dont le « bien s'asseoir » est un des éléments premier et quasi métaphorique. Depuis sa paire de chaises intitulée « Wood is Good » (inspirée du mobilier créé par Donald Judd) nous apprend à ne pas vivre le cul entre deux chaises et de ne jamais être aussi proche de quelqu'un que de notre propre siège.

Les s de la créatrice sont donc aussi fonctionnels qu'improbables, inconfortables qu'ergonomiques, utiles que surréalistes. En revisitant l'histoire de l'art, de ses formes, de ses techniques et de ses genres elle réintègre ses propres objets dans des ensembles qui pourraient tout compte fait avoir leur place dans les fameuses planches de Warburg remis à jour en 2011 par Didi-Hubermann et dans lesquelles le plus grand art était rapproché d'objets vernaculaires. Chez elle des références au passé agissent comme des fantômes qui hantent ses créations.

Est-ce pour cela que l'artiste préfère comme elle l'affirme le concept de « joli » à celui de « beau ». Elle l'a précisée dans un interview à Anna de Golferichs ne 2011 : « le joli, le décoratif sont tabous, comme si quelque chose de joli ne pouvait pas aussi être intéressant et profond. On peut faire du beau si c'est grandiose, si c'est de l'ordre du sublime, mais alors pour moi c'est trop grand, c'est immense, ça ne m'intéresse pas. Je veux faire un art à taille humaine, pas quelque chose devant lequel on doive s'agenouiller et prier ». L'artiste s'intéresse donc au quotidien dans lequel l'ornement est criard. Des façades d'immeubles au mobilier urbain et aux boutiques comme dans l'intérieur des appartements plein d'objets sont là sans forcément se vouloir beau mais comme le dit l'artiste « pour faire joli ». Elvire Bonduelle s'empare de ce « faire joli » (qui n'est souvent qu'un rembourrage rococo) dont afin de donner une autre idée du confort et de la proxémie.

Avec ses performances (distribution du journal fait de bonnes nouvelles), comme avec sa capacité à repenser le « white cube » ( l'espace minimal de référence cher à Tony Smith et Donald Judd ) elle remplace un acte minimal qui au fil du temps devient caricatural par un autre jeu de référence. Avec ses fauteuil « Have a bite » et « Rest in peace » le cube sort de l'icône par la mollesse de la matière et son choix de couleur volontairement discutable : « avec la morsure géante ils font penser à un gros morceau de fromage de dessin animé ou à un chamallow grillé qui suffisent à évoquer, j'espère, l'idée de s'asseoir dans la gueule du loup » écrit l'artiste. Ce qui n'empêche pas - au contraire - l'envie de les mordre avec une boulimie qui à elle seule tord le cou à l'anorexie ambiante.

Jean-Paul Gavard-Perret.
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.