Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Ou Zhihang

Ou Zhihang : le blog


Un livre indispensable
pour vendre ses photos


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OU ZHIHANG : LA VERITE TOUTE NUE OU L’ACTION  SHOOTING

par Jean-Paul Gavard-Perret

Ou Zhihang - photo de 2010 (blog de Ou Zhihang)
Né en 1958 Ou Zhihang est un des photographes phares de la nouvelle scène artistique chinoise. Il s’est d’abord fait connaître pour ses photos de mode. Il fut même un précurseur dans ce domaine. Après avoir obtenu son diplôme d’art il a commencé à travailler pour la radio et la télévision. Et il est encore aujourd’hui producteur exécutif du programme « Fashion News » et reste un photographe de mode de premier plan. Mais après s’être intéressé à la parure il se dirige parallèlement  à la vérité « nue », une vérité aussi drôle et fascinante qu’iconoclaste.
Ses nouvelles photos sont volontairement grisâtres (ou presque) et tristes ou tout au moins sans appâts. Le photographe s’impose dans son propre processus de création en tant qu’auteur et acteur de ses prises de vues. Il se photographie nu entrain d’effectuer des séries de flexions et tractions qu’on nomme « pompes » face aux endroits plus prestigieux ou allégoriques de la Chine. Rien donc de violent, de guerrier : juste cette pure narration apparemment anecdotique et pourtant des plus signifiantes. La série de « nu »  permet de mettre en scénographie deux passions de l’artiste : celui pour son corps et celui pour son pays. Ce corps – quelconque – est placé en relation avec ce que l’artiste nomme lui-même « le miracle du monde ». Equilibre et déséquilibre jouent à fond.
Ce nouveau point de départ découle de la mort mystérieuse de Li Shufen, une jeune fille de seize ans que la police déclara noyée dans un fleuve tandis que la population protesta et cria au meurtre et à l’abus de pouvoir policier. S’en suivit une censure médiatique de la part des autorités. Toutes les chroniques sur ce « fait divers »  qui mentionnaient le nom de Li Shufen furent bloquées sur le Net. Si bien que les cybernautes occidentaux  parlèrent de ce sujet  avec la formule suivante  «  je suis ici pour faire des pompes » (« I’m here to do push ups » afin d’éluder les contrôles. Cette expression provint du fait que le garçon accusé par les parents de Li Shufen de son meurtre avait déclaré qu’il faisait des pompes sur le pont au moment où la jeune fille se jeta dans le fleuve et qu’il tenta de la sauver. La formule devint un code et il entra entré dans le langage publique en Chine. En conséquence son efficacité est désormais obsolète…Mais Zhihang a su en faire un bon usage en la prenant au pied de la lettre.
Pour créer ses « pauses » l’artiste chinois attend la bonne lumière et que le lieu soit vide afin de ne pas éveiller les soupçons des éventuels badauds (ou policiers). L’artiste a expliqué que se photographier lui-même se justifiait par le fait que la Chine reste encore un pays problématique en art comme en politique. Aussi et pour ne pas causer de préjudices aux autres il faut tout faire par soi-même. D’autant que les lieux choisis – en dehors de la place Tienanmen et la Muraille de Chine - sont des lieux liés étroitement à l’histoire de la Chine mais tout autant de son actualité. On voit ainsi l’artiste en traction devant la prison de Yunnan où restent bien des doutes au sujet de la mort d’un détenu ou devant le Bird’s Nest Olympique  stadium qui témoigne du paradoxe culturel d’un pays qui cache derrière une belle façade tous les problèmes intérieurs de la Chine. On voit encore le photographe devant l’immense incinérateur de Guagdong ou face au nouveau siège de la télévision chinoise qui a brûlé lors de son ouverture…

En dépit de ses précautions Ou Zhihang s’est souvent fait arrêter par la police et ses photographies lui ont eté confisquées. Il n’est donc pas facile pour l’artiste de compléter au fil des ans sa série - même si l’étau se desserre. Le but de Zhihang possède une dimension sociale autant qu’esthétique. Il s’agit de sortir ses compatriotes de leur torpeur. Ils se sont en effet habitués au fil des décennies à une politique de surveillance qui ne cesse de bloquer le flux des informations. La traction-flexion du corps se veut ainsi le symbole de la réflexion qui reste pour lui un exercice de salubrité publique. En outre cette posture lui permet de cacher le sexe et de sortit la photographie d’un exercice exhibitionniste.

Ou Zhihang infiltre ainsi la surface des apparences par sa propre présence. Couché mais droit comme un i, il ne cherche pas le statut d'idole. Son corps nu devient un moyen de troubler la symbolique des lieux devant lequel il se livre à son "action-shooting". Il met ainsi du postiche dans le postiche afin que desimaginations trop longtemps en berne puissent imaginer encore. En conséquence l'objectif n'est plus le passage du fantasme à son reflet imité comme c'est trop souvent le cas en photographie. Et si l’image ne sauve pas elle devient la porte infernale par laquelle s'engouffre un vent de liberté. Elle est la douleur, le plaisir, l'humour donc la pensée, le monde ou son ombre portée et déplacée. Zhihang par ces scénographies montrer comment l’art peut être un vecteur de libération. En outre, nécessité oblige, le photographe s’offre un petit plaisir : cet exercice lui permet de conserver un corps athlétique  !

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.