Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Warhol

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


Andy Warhol
Portraits

Réalisés du début des années 1960 jusqu à sa mort en 1987, les portraits d Andy Warhol constituent la plus grande partie de son uvre. Des figures de Marilyn Monroe et Liz Taylor, à celles de Debbie Harry et Michael Jackson, en passant par Alfred Hichtcock et Jean Cocteau, Warhol est fasciné par les célébrités de son époque qu il dépeint en reprenant la technique utilisée pour les tableaux de boîtes de soupes Campbell. Des présidents, des industriels, des acteurs de cinéma et chanteurs de rocks, il fait de tous des vedettes en les immortalisant dans la grande tradition des peintres de cours. Avec plus de 300 portraits, Andy Warhol : portraits couvre la période créatrice la plus longue et la plus prolifique de Warhol. Cet ouvrage est le premier ouvrage à offrir une iconographie aussi riche sur ce corpus essentiel de la carrière de Warhol. Trois essais précèdent le portfolio : Tony Shafrazi, le premier galeriste à exposer les travaux de Warhol au début des années 1980 à New-York ; Carter Ratcliff, poète et critique, auteur de monographies sur Andy Warhol, Jackson Pollock et Singer Sergent. Il enseigne dans nombres d établissements dont Hunter College et New York Studio School ; Robert Rosemblum enseigne les beaux-arts à l université de New-York et est conservateur du fond Stephen et Nan Swid au Salomon R. Guggenheim Museum de New-York. Il a beaucoup écrit sur l œuvre de Warhol, notamment Andy Warhol : A retrospective, Andy Warhol knives et Andy Warhol portraits of Seventies and Eighties.

les auteurs
Tony Shafrazi dirige la Tony Shafrazi Gallery à New York, qui expose les œuvres d'Andy Warhol depuis le début des années 1980. Carter Ratcliff poète et critique d'art, est l'auteur de monographies sur Andy Warhol et John Singer Sargent, mais aussi de The Fate of a Gesture: Jackson Pollock and Postwar American Art. Il a enseigné dans nombre d'établissements, dont le Hunter College et la New York Studio School. Il a été récompensé par le Guggenheim Fellowship, plusieurs NEA Art Critics Grants, et le Frank Jewett Mather Award for Art Criticism décerné par la College Art Association. Robert Rosenblum enseignait les beaux-arts à New York University et était conservateur du fonds Stephen and Nan Swid au Solomon R. Guggenheim Museum à New York. Il a beaucoup écrit sur l'œuvre dAndy Warhol, notamment Andy Warhol: A Retrospective, Andy Warhol Knives, et Andy Warhol: Portraits of the Seventies and Eighties. Lauréat du Frank Jewett Mather Award for Art Criticism de la College Art Association, il a également été élevé au rang de chevalier de l'ordre national de la Légion d'honneur.

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Qui? Wharhol.

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Andy Warhol : Marilyn Orange - 1964
(reproduction disponible chez Amazon)

 

L'art du portrait contrairement à ce que pensait l'historien d'art et ami de Warhol, John Richardson, ne possède pas forcément " la puissance métaphysique de la chose représentée". L'artiste le savait trop bien :
entre la métaphysique et ses portraits le chemin bifurque. La première est reléguée à l’écurie ou au padock, l’autre va à l’âme « comme la vache va au taureau » dans ce qui devient au Grand Palais ce que l'américain avait toujours rêver : "mes portraits doivent avoir le même grand format pour qu'ils tiennent tous ensemble et finissent par former un seul grand portait intitulé portrait de la société".

Dans la saturation que produit l'accrochage serré des 250 toiles le principe est toujours le même (et il est bien connu). Warhol maquille ses modèles qu'il prend en des séries de polaroïds. Il en tire des pochoirs sous forme de films plastiques au format de la toile. On y découvre les grands traits du visage mais les défauts (rides) sont gommés. Ensuite de larges bandes de couleurs appliquées au pinceau soulignent des éléments du visage et rendent unique la toile déclinée en divers coloris.

Bizarrement la platitude de la toile fait émerger des profondeurs de l'être ou de l'icône. C'est par exemple le cas pour Debbie Harris à laquelle est consacrée une salle particulière où est décliné le processus de fabrication de l'oeuvre.

 

On comprend l'adhérence étroite qui retient l'être à son image. Les yeux fixes de la chanteuse du groupe "Blondie", par le jeu des différentes couleurs s'infusent de diverses manière. Cela permet d'estimer comment l'icône pop subit la charge de son effigie. Emergent un abîme et un plein et c'est bien là toute la magie de son portrait comme tous ceux présentés au Grand Palais.

Par cette technique Warhol nous prend dans son piège. Nous sommes frappés par la majesté de l’ensemble. Et le regard est convoqué pour un rite païen par les fastes des icônes. L'ensemble crée un cérémonial statique où ce qui se laisse saisir, ce qu'on croit saisir, ne cesse d'échapper. Surgit aussi un étrange jeu entre l'être et son image sans que l'on puisse dire qui a le dernier "mot". On ne sait plus qui force l'autre : visant à l'intensité l'oeuvre devient de la sorte une phénoménalité étrange : entre la matière et l'espace elle invite à une sorte d'incantation silencieuse.

En ce dispositif choral il n'y a plus d'espace libre ou plutôt l'espace devient autant celui d'une forêt intersticielle de signes que celui d'une forêt des songes. Dominés ou écrasés par le dispositif, les portraits semblent à la fois se perdre et se dresser. L'oeuvre, qu'on définit comme spectaculaire, est arrachée à l'art représentatif dans un grand mouvement de rupture. Ne demeurent que ces traces suspendues dont la dissémination crée une réunion secrète si bien que l'ensemble devient de l'ordre du spectre, mais un spectre qui n'est pas un simple double (copie).

Warhol a inventé des séries de cassures-sutures qui dynamisent ce qu’il met en scène. Les conventions de le représentation jouent les unes contre les autre : un mode de réalité devient douteux, la forme entretient l'ambiguïté. Il semble même qu’il n'y ait plus de réalité en acte, plus de réalité en être, mais juste l'amorphe, l'inanité.
Toutefois de la vie passe mystérieusement. Rien n'a lieu que le lieu à travers ces portraits dont la théâtralité reste omniprésente et compressée. Ce qui revient peut-être pour le spectateur à se confronter à l'équation regarder = imaginer. Le visiteur contemple le regard qui le regarde en de drôles de miroirs. Peut être qu'il n'en ressort pas indemne s''il n’est pas de bois.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

voir aussi : Warhol-TV à la "Maison Rouge" (Paris)

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.