Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Vincent Rougier

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


Vincent Rougier

Après une formation en arts plastiques à Paris et quelques temps à l’académie Charpentier, Vincent Rougier publie son premier livre d’artiste en 1969.

Il se définit comme peintre, plasticien, éditeur, graveur, autant dire qu’il baigne dans les métiers d’art : le livre, la reliure, les papiers marbrés, la gravure en taille-douce sont des exercices quotidiens pour lui.

Saisissant l’opportunité d’acquérir un atelier de confection désaffecté, il s’installe à Soligny-la-Trappe dans 300 m2 qui lui offrent un espace multiple où se côtoient toutes les formes de ses passions. Car il y a dans cet ancien atelier de couture des machines extraordinaires qu’il a domptées pour son usage d’artiste. Il en résulte des œuvres étonnantes, où la matière, froissée, plissée, passée à l’étuve, raconte une autre histoire et vit une autre vie.

Une nouvelle naissance aussi pour la revue Ficelle qui allie les arts à l’humour et à la poésie.

Vincent Rougier : le site


Vincent Rougier et les corps ténébreux.

par Jean-Paul Gavard-Perret

Vincent Rougier, "Corps à corde",
L'Apostrophe-Théâtre de Louvrais, Pontoise,
du 24 mars au 27 juin 2009.

vincent rougier
courtoisie : Vincent Rougier

"cela bouge au vent comme de grandes algues marines, ondule : ondulatoire comme l'espoir d'atteindre le fond de moi-même, impulsif comme mon cerveau primaire, être dans la caresse de l'homme pur."

 

Vincent Rougier expose des simulacres de corps aux gestes arrachés, suspendus. De la sorte il remémore des scènes intérieures d'un théâtre mental qu'il "mime" afin de leur prêter une histoire. Mais en les évoquant il les révoque tout autant : à la fois il offre un corps mais lui substitue un corps aussi figuratif qu'abstrait. On le nommera spéculatif.

La "fiction" de Rougier propose une collection de formes, des formes mixtes au sein d'un étrange ballet d'images fixes. Ce qu'il laisse apparaître est donc bien un homme imaginaire qui vit sous le pouvoir de l'image. Au simulacre de l'affabulateur se substitue les simulacres de la gestuelle suspendue offerts pour ce qu'ils sont : des images qui s'adressent à un corps sensible qui contemple dans l'oubli de qui il est et dans le silence. Rougier communique à la fois l'expérience singulière d'une vision intérieure et en signifie l'impossibilité.

A partir de ce manque en découpes et fragmentation, l'artiste révèle les hantises de l'homme imaginaire, imaginé, notre prochain, nous-mêmes, impuissant à donner corps à l'image refoulée. Par ces corps l'artiste donne corps à ce qui n'en a pas : l'expérience intérieure ou de l'Autre qui demeure incommunicable. Elle ne peut donner lieu qu'à un simulacre de communication : l'œuvre d'art.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

voir aussi : Vincent Rougier et les amants de Vérone.

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.