Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Maïté Tanguy

Maïté Tanguy

Maïté Tanguy : la page Mirondella



Manteau Christian Lacroix Hiver 2009/2010



Depuis la première Biennale Internationale de la Tapisserie de Lausanne, l'art textile a fait l'objet chaque année dans le monde d'un nombre croissant d'expositions, révélant une véritable renaissance de cet art et trouvant un intérêt grandissant de la part du public. ...


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MAÏTÉ TANGUY : PRINCIPES DES RÉALITES SOUS JACENTES

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Maïté Tanguy : Le printemps de Vivaldi (détail)

Le textile dans l'art permet un déplacement initiatique. Si l'on accepte le pari de voir en lui non ce qui recouvre mais dévoile. Hors cadre comme le propose souvent Maïté Tanguy il offre la possibilité de prendre le bas pour le haut, l'obscurité pour la lumière et d’aller à la recherche d'un façonnage qui rapproche d’une réalité inattendue et imprévisible. Elle peut trouver des déclinaisons jusque dans la Haute Couture. Rappelons que l'artiste a créé pour de grands stylistes dont Christian Lacroix. Ce dernier a trouvé en l'artiste de quoi transformer ses ibériques en bardes des temps futurs.

Dès lors, jusque dans la culture aussi éternelle que provisoire de la mode, Maïté Tanguy accorde à l'art textile une conquête de formes aussi conséquentes que nouvelles. De ses choix de teintes surgissent les couleurs opposées de la résurrection et de  la décomposition. L'ensemble est propice à faire lever un hymne sauvage et ample et un bouillonnement sourd contre la loi aussi bien du tissage, de la passementerie que plus généralement de l'art.

Au sein de leurs forêts de nuit les œuvres de l'artiste deviennent d'étranges points de fixation. Leur complexion chair de lune ou d'un vert des profondeurs abyssales est inaliénable car elle ne singe en rien ce qui existe. L'artiste transfigure donc le textile. Elle en fait resurgir un souffle oublié et parfois saccagé. Elle ouvre toujours avec élégance à une densité d'où jaillit un savoir perdu ou un de ceux qu'on ignore encore.

Entre la tourmente et le rêve, les montages de l'artiste n'ont rien de pétrifié. Ils sont traversés de puissance et de chaleur. Ils deviennent le creuset d'une ivresse inconnue dont d'autres créateurs ont déjà compris la puissance. Car le théâtre textile de Maïté Tanguy lance toujours des "adieux à l'impossible" selon la formule de Blanchot. Emergent de grandes rumeurs et de mystérieuses tentations sensorielles.  Cela tient d'ailleurs au textile lui-même. Ses matières avec  leurs voluptés ne demandent qu'à être ouvertes.

Les œuvres de Maïté Tanguy  font de la matière errante une montagne de signes.  On désire sans doute toucher de tels travaux. Mais sans comprendre que toucher ne revient pas à  saisir. Et encore moins à posséder. Et quel que soit le corps - fût-ce celui, parfait sans doute,  d'un mannequin.  A cela une raison simple : avec l'artiste le textile lui-même est une peau. Il devient le porte-empreinte (et non l'empreinte portée) qui nous sculpte. L'œuvre devient alors un champ de fouille du destin. C'est l'écriture même de la chair et du temps.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.