Artistes de référence

Gérard Stricher


Gérard Stricher

stricherGérard Stricher est un jeune peintre, né il y a soixante ans dans l’est de la France.Il a voyagé aux quatre coins du monde, vécu à l’étranger pendant de nombreuses années et tout son imaginaire est rempli d’images, de rencontres, d’expériences qui nourrissent son travail créatif. Autodidacte, il débute la peinture dans les années soixante dix... suite

Gérard Stricher : le site


Traité des couleurs
de Libero Zuppiroli et Marie-Noelle Bussac

Le monde des couleurs a toujours éveillé la curiosité de l'homme, tant par sa diversité et sa complexité que par son contenu émotionnel. Depuis des siècles, artistes, artisans, scientifiques et philosophes s'interrogent, chacun à sa manière, sur la mature des couleurs et sur les moyens à mettre en oeuvre afin de s'en servir, de les reproduire ou de les mesurer. Du désir de mieux comprendre les couleurs sous tous leurs aspects, et donc de réduire l'éparpillement des connaissances, est née l'idée de ce Traité des Couleurs. Articulé en deux parties, richement illustré par plus de 130 photographies originales, cet ouvrage intéressera tous les curieux de La couleur et en particulier les scientifiques, les philosophes, les artistes et les artisans.

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Magritte
Le pays des miracles - 1964
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GERARD STRICHER
par Jean-Paul Gavard-Perret

Gérard Stricher - Contamination
stricherL’HOMME QUI MARCHE DANS LA COULEUR ET LA SENSATION.

Gérard Stricher marche à la verticale et dans la couleur. Son œuvre appelle une plénitude et  une sérénité non acquises d’emblée mais travaillées. Né dans l’est de la France le peintre a traversé le monde : sa peinture s’en ressent. Mais dans le bon sens du terme. Le créateur a su écarter tout exotisme afin de ne retenir de ses rencontres avec d’autres cultures et peintures que leur essence. Du Japon comme de l’Amérique du Sud ou de l’Afrique il n’a repris quasi instinctivement que l’essence même . Ses grandes toiles deviennent des « lieux des lieux », des apparitions ou plutôt des célébrations de l’existence dont toute anecdote est éliminée.
Ce qui compte avant tout ce n’est plus la représentation, mais la re-présentation. La peinture de Stricher est si l’on peut dire une affaire de pots et de peau. Elle condense le réel en torches mouvantes, en coulées, en zébrures mais surtout en une sorte d’ascendance majeure et une forme de fluidité au sein même de la pâte et des formes. Le tableau ne reçoit pas la figure mais la couleur qui en devient la quintessence dynamique. Peintre autodidacte, Stricher est parvenu à une forme de perfection au fil des ans. il a débuté la peinture au début des années soixante dix en même temps qu’il accomplissait des études d’ingénieur à Paris. Il fréquenta les peintres, les galeries et très vite il fut reconnu tout en poursuivant parallèlement une carrière brillante dans l’industrie où il finira PDG d’un grand groupe international. Il a cependant toujours travaillé sa peinture autrement qu' en peintre du dimanche. Il en a fait un centre de vie, un jardin provisoirement secret car ses activités professionnelles l’obligeaient de cultiver, faute de temps, des tableaux « mentaux » qu’il concrétise désormais.
Depuis 2004 il s’est installé dans le Vexin où il peint avec passion et frénésie comme pour rattraper le temps non perdu mais engrangé. Ses images mentales prennent désormais corps, s’envolent. Il a organisé sa première exposition personnelle en septembre 2007 à Paris à l’Espace Commines. C’est un succès. A cela une raison majeure : l’œuvre est habitée, elle se bat avec elle même et les matières qui la constituent. Cette peinture abstraite mais charnelle est expérimentale. Stricher a beaucoup vu, lu, vécu, mais il s’est dégagé d’influences précises pour faire parler son imaginaire à travers un geste aussi instinctif que réfléchi. Il travaille la couleur de façon audacieuse et de manière rare. Il rejoint à ce titre d’autres peintres conséquent du temps : Joel Leick, Jérôme Boutterin, Jean Gaudaire-Thor. Il s’inscrit ainsi au sein de ceux qui, abstracteurs de quintessence, osent la « peinture peinture » et se battent avec elle pour laisser agir la puissance de la sensation.
Dans une facture d’équilibre l’œuvre s’érige paradoxalement au service d’un déséquilibre. Ses surfaces agacent et séduisent par les accidents (coulures par exemples) qu'elles comportent même si elles demeurent ailées. La vie suinte, coule, monte, grimpe, s’agrippe. Le vivant transparaît dans des oeuvres qui se peignent sur la crête du désir. Stricher sait en prolonger l’ « envoi » puisque dans le vent de la légèreté il y a cet espace où joue le manque dont l’artiste s’empare, qu’il fait sien même s’il n’en est pas le sujet. Le tout dans une virtuosité presque dérangeante puisque sa « facilité » pourrait faire croire plus à une verve qu’à une véritable profondeur. Mais ce qui surgit est de l’ordre de l’émotion absolue par l’intensité. Il y a le vertige et pourtant la lucidité, l’acuité par delà l’émotion même. Il faut glisser dans chaque toile  et  son  explosion de lumière.
En contemplant cette œuvre on comprend combien et comment elle propage la vie et son trouble, ses espérances et ses doutes. L’œil se perd en une lumière étrange et l’on se demande comment tant de possibles peuvent affleurer sur la toile, là même où quelques chose résonne dans le silence, résonne continûment. Un rayonnement perdure. Il efface les pensées de néant en introduisant soudain non à l’origine mais dans l’origine, à l’enfance du désir et au désir d’exister dans une pratique qu’on croyait tombée en désuétude puisque Stricher croit à la peinture. Ce qui pour certains est devenu une faute de goût… Surgit à fleur de toile la présence d’un seuil infranchissable qui n’est pas donné de connaître. Le lieu offre une perspective insondable où se cachent des failles. La chair est saisie, dévale de son absence. L’image par ce qu’elle montre mais aussi ce qu’elle ne peut dire en son absolue nudité désigne le désir et peut-être aussi sa ruine mais surtout la vie du moins sa possibilité. D'où ce monologue du visible afin de savoir ce que ça cache vraiment. Stricher laisse lignes, courbes, couleurs monter du silence quand le plein midi enfourche des nuages gonflés de voluptés ou lorsque la nuit replie l’existence sur des pensées plus graves.
Il convient en conséquence d’estimer cette proximité et de l’entretenir pour savoir ce qu’il en est de la peinture mais aussi de l’être. Bref de savoir d’où « ça » vient et de comprendre comment la peinture avance. Elle requiert en effet autant une concentration absolue que l’abandon à l’émotion qu’elle provoque et qui en fait tout son prix. Emerge une puissance particulière dans cet immense brassage de l’ordre d’une volupté secrète et animée.

L’AMOUR DES TITRES ET DE LEUR CHAUSSE TRAPPE

Méfiez vous des titres des tableaux de Stricher car il y a danger. Apparemment tous sont parfaitement propres sur eux et permettent de refaire un tour complet de la peinture quels qu’en soient le genre et l’époque. Ici un titre à la coquelicot est un rappel à Van Gogh, là un bord de Seine joue les impressionnistes. Plus loin une femme assise (mais comment ?) nous fait remonter plus loin. Tout paraît en ordre, rangé et classé : chaque titre semble (le « semble » est important) donner une indication. Mais en fait un seul est « vrai » (même si là encore le peintre propose un détour par Magritte) : « Ceci n’est pas ce que vous voyez ».
Pour le reste (mais en fait pour ce titre aussi) tout fonctionne comme piège et ironisation. Les seuls que le peintre se permet. Il prend plaisir à reprendre l’aspect sacré de noms dont  la bourgeoisie  s’entichait . Mais la marque d’entrée dans le territoire sacré de la peinture est détourné par Stricher. Il s’offre là et nous offre une belle torsion et une pensée impie. Il utilise le titre comme un élevage de poussière. Et sous prétexte de nous proposer une communion laïque au nom de titres qui nous parlent il nous jette dans l’inconnu. Avec eux on ne possède rien sinon à se gratter la tête pour retrouver de vagues réminiscences.
Chaque titre est une fiction habilement programmée. Et à sa manière le peintre recrée une histoire de la peinture à sa main. Il rebâtit de nouveaux « monuments » qui n’ont plus rien à voir avec les anciens. Stricher trouve là un autre moyen de provoquer un vertige. Il inscrit le corps de ses tableaux sous une forme de nom d’emprunt qui de fait sépare l’autre du même et montre le fossé qui existe entre une représentation et une re-présentation. Le stratagème est plus qu’habile, il est intelligent. Contre ses propres tableaux vient battre le flot de l’altérité. Stricher propose une flexion insidieuse et sous forme de clin d’œil il confère à ses propres toiles l’immortalité du chef d’œuvre (ce qui soit dit en passant elles méritent).
Mais c’est aussi faire de sa recherche le forum d’un franc-tireur, d’un voyageur solitaire qui revient et dit : « le monde est visible mais voilà comment ». Et des noms qui étaient pour nos parents ou grands parents des repères muséables s’ouvrent à une forme de béance. Travaillée par des forces qui contestent le bien fondé de la peinture « de tradition » l’œuvre propose sa propre typologie joyeuse applicable au fou comme à l’artisste, au mystique comme au bricoleur.
Les titres inquiètent plus qu’ils ne circonscrivent. L’axiomatique choisie crée une suite de corps étrangers et délocalisés. Stricher repousse ainsi les limites du visible : au titre « descriptif » répond ce qui dément largement l’appellation contrôlée. Toutefois si « ceci n’est pas ce qu’on voit », cela reste de l’art. Chaque titre ne thésaurise pas, il devient barbare. Ce qu’on y engrangeait de substances mortes, ce qui tenait lieu de reliques va devenir une œuvre étrangère, presque illisible. Le titre possède donc un rôle clé : il devient un moyen d’engager le spectateur à reconsidérer sa vision et ses modèles culturels.. Une fois le titre lu, le regardeur a la surprise et l’émotion de découvrir l’inattendu et non pas une cire anatomique. La peinture de Stricher devient une machine célibataire qui trouble les repères, elle redevient ce lieu qui pour Leiris et les Surréalistes étaient plus fascinant qu’un bordel. Que demander de plus à l’art ?

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.