Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Saint Clair Cemin

Saint Clair Cemin
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Lignes, Formes, Couleurs
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LES SILHOUETTES DE SAINT CLAIR CEMIN

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Saint-Clair Cemin - courtoisie Galerie Daniel Templon
saint-claire cemin galerie  daniel templonSaint Clair Cemin, «Splendeur et misère» (du 05 juin au 24 juillet 2010)
GALERIE DANIEL TEMPLON - 30, rue Beaubourg, 75003 Paris

Le Brésilen Saint Clair Cemin vit aujourd'hui entre Paris, New York et Pékin. Il a exposé dans le monde entier notamment à la Eli Broad Family Foundation de Los Angeles, le Whitney Museum of American Art de New York, le Museum of Contemporary Art de Los Angeles, le Fonds National d'Art Contemporain de Paris et le Museo de Arte Contemporaneo de Mexico. Dans les années 90 il s'est imposé par une approche révolutionnaire de la sculpture comme combinaison de formes du quotidien à une multiplicité de styles et de matériaux. Presque 15 ans après sa dernière exposition à la Galerie Templon le sculpteur revient avec un ensemble spectaculaire de sculptures en acier mêlant formes organiques et mathématiques. Son exposition propose un parcours à travers une succession de formes à la géométrie complexe au-delà du clivage classique entre abstraction et figuration : fleurs géantes, structures moléculaires réfléchissantes, colonnes à la fois phalliques et gothiques, séries de gnomes hybrides...

Conçue comme une installation, cette exposition propose une sorte de lieu mythique où les oppositions formelles et philosophiques se confrontent et se résolvent. Son installation  à la Galerie Templon compte plus de cent sculptures. Elles explorent les thèmes balzaciens des illusions perdues et des vicissitudes de l'être. Empreint de ces références littéraires balzaciennes (mais pas seulement)  l' ensemble souligne l'exacerbation des sentiments humains et leurs déviances ainsi que la quête perpétuelle et futile de l'être pour accéder à un «mieux » qui n'est qu'illusion. Cet univers unique en son genre est élaboré ici à partir de sculptures de tous formats et dans des matériaux aussi variés que le plâtre, le marbre, le bois ou encore le bronze doré.

L'artiste brésilen le précise lui-même : « la misère est inséparable de la splendeur. Chaque forme est à la fois splendide dans sa propre existence et misérable dans sa propre disparition. Tout ce qui apparaît est voué à disparaître, et la beauté et la fraîcheur de l'enfance sont vite remplacées par la vieillesse et la mort. C'est un grand cliché, la confrontation de l'amour et de la mort, de la croissance et de la décadence. Mais toute la grande littérature et les arts sont basés sur ce cliché. C'est notre monde que je tente de reproduire à travers cette grande procession de statues. »  Quant au critique d'art américain Michael Brenson il analyse  le travail de Saint Clair Cemin comme le refus de se concentrer sur une seule matière ou une seule approche sculpturale.

Ses objets se réfèrent autant aux arts appliqués (mobilier) et à la culture populaire (les jouets par exemple) qu'à l'histoire de la sculpture. Ce travail est un  voyage et une histoire dans le temps de l'art et de la sculpture plus particulièrement. Les formes remontent des nuits de songes. Elles réveillent et révèlent des eaux dormantes. L'artiste crée d'étranges défilés vibrants. Il n’y a pas de style défini pour le faire puisque l’univers de l'artiste n'en cherche pas vraiment. Nourris par l'imaginaire en surchauffe comme des réflexions de l'artiste  les formes humaines, animales ou symboliques créent des défilés de couples imparfaits et d'armées plus ou moins en déroute.

Reste un bric-à-brac de pièces rapportées, de silhouettes. Surtout des silhouettes.   Ce qui y est  caché se met à bouger comme pour  signaler  une absence  et qu'il faut faire quelque chose afin que la nuit ne reste plus collée sur le jour. L'artiste devient le maître des Faveurs. On peut imaginer des héros ou des ombres qui descendent des rêves de l'artiste pour venir nous chercher.  Il y a  les silhouettes à rire, d'autres à sourire,  des silhouettes à malices, à Alice, à merveilles, à cuisses ou celles à  promesses,  à trancher les problèmes. Des silhouettes  à épaisseur,  à épissures, à taciturnes burnes,  à blanc, à noir, à existence sans pareille ou pleines d'illusions. Brefs des silhouettes fermées et ouvertes, transparentes et opaques afin que se crée une forêt de signes, de formes et de couleurs.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.