Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

B. Dumont Renard (Elisabeth Renard)


Elisabeth Renard
B. Dumont Renard

Elisabeth Renard signe ses œuvres B.Dumont Renard, quelquefois B.D.R.
Née dans le cantal en 1957, elle vit et travaille dans le Loiret, elle exose dans de nombreux pays.

B Dumont Renard :
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RENARD ET CHATS
ELOGE DE LA DOUCEUR

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Avant même et après la parole, au début comme à la fin il y a le chat. Chacun d'eux nous fait à son image. Ils sont les étrangers qui nous lient au peu que nous sommes. Ils créent l'espace qui nous sépare de nous-mêmes.

Avec B. Dumont Renard le chat dessine le lieu de la peinture. Il brouille la mélancolie.  Il permet de reconnaître notre vie, il la fait ronronner. Il fait de la peintre son actrice plus que sa maîtresse.

L'artiste peint les chats comme Cézanne peignait ses pommes. Elle nous fait comprendre les nôtres. Ceux qui nous accompagnent, ceux qui se cachent en nous. Elle nous rappelle qu'il faut leur demeurer fidèle.

La peinture peut donc risquer le chat lorsque la décision radicale qui habite l’impose. La peinture ose son intimité, le "risque" de sa féminité. Qui sait alors si soudain le chat ne coagule pas mais nos fantômes ? L'artiste n'a cesse de les aiguillonner pour en accentuer non le museau et griffes mais l'espace qu'ils habitent. Ils fabriquent une perspective que nous voulons ignorer.

Chez B. Dumont Renard les chats nous  affectent sous le mode de l’incompréhension sidérante.  Il suffit d’entrer dans l’épaisseur des couleurs de leur instinct vital. Ils créent aussi les clôtures d'une intimité agissante. L'artiste la fait jaillir afin de chasser nos déserts d‘ennui car sans cesse ses chats glissent  vers le tronc de nos heures. 

Ils revêtent divers pelages, divers postures. Parfois ils dorment comme des marmottes parfois ils nous réveillent car on ne les maîtrise jamais. L'artiste le prouve puisque chaque fois il faut qu'elle les ressaisissent, les caresses autrement.

Sa peinture qui se veut naïve  est maîtrise. Avec le temps l'artiste a acquis une liberté d'exécution. Elle saisit la peau fuyante des chats et leur immense réserve sauvage. L'œuvre est donc plus ambitieuse qu'il n'y paraît.

Ses chats nous rappellent qu'on appartient à personne. Ils nous plongent dans leur "indifférence" au sein de nos galeries intérieures. Ils sont des labyrinthes zoologiques dand la forêt fauve de leur pelage où ils  demeurent tapis.

Leurs trajets font  chemin par le jeu de miroirs que l'artiste propose. La hantise primitive de l’animal demeure. La peinture dans ses champs de fouilles la dessine. Peut-elle l'apprivoiser ? Sans doute pas. Car le jour où B. Dumont Renard y parviendra son œuvre sera terminée.

Pour l'heure le chat demeure énigme. L'artiste l'ausculte,  l'écoute, le contemple, le montre. Une autre face du monde se déploie.  Surgissent nos hiatus, nos fragments, nos lacunes. Surgit aussi un portrait "sublimé" de l'artiste car chacun sait que qui veut faire la bête fait l'ange.

On ne sait si B. Dumont Renard en est vraiment un (ou une, ah le sexe des anges!…). Mais à leur manière ses chats parlent le langage de l’amour. Ils renvoient  à une frontière  entre le dedans et le dehors. Nous sommes en leur territoire - conquis  (et non pas en territoire conquis).

A chacun son chat, sa fourrure. En soi l'animal rit. Il n'en montre rien. Mais nous apprend à penser comme la peinture de B. Dumont Renard nous réapprend à le contempler. Plus que le rat d'eau il nous méduse et devient notre manteau de vision.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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