Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Myris

Myris

» la page Mirondella - le site



Le guide de l'artiste: Tout ce que vous avez toujours voulu savoir pour émerger dans l'art

A l'adresse de tous les artistes, professionnels et amateurs, ce guide volontairement concret rassemble l'essentiel de ce qu'ils ont toujours voulu savoir pour émerger dans le monde de l'art contemporain en France et à l'étranger. Il apporte des réponses aux questions clés quand on veut réellement évoluer dans l'art, à la sortie d'une école d'art ou en autodidacte : Qui sont les acteurs du monde de l'art ? Quels sont les choix à faire au départ ? Comment assurer sa viabilité ? Quelles pistes pour développer sa visibilité ? Sorte de petite "bible" de conseils stratégiques et pratiques, Le Guide de l'artiste livre les conseils et les secrets utiles, et souvent étonnants, des plus grands spécialistes français : le curateur Nicolas Bourriaud, la directrice de la Fiac Jennifer Flay, le président du Prix Marcel Duchamp Gilles Fuchs, le collectionneur Guillaume Houzé, le galeriste Emmanuel Perrotin et le directeur du Palais de Tokyo Marc-Olivier Wahler, qui interviennent aux côtés des plus grands collectionneurs, galeristes, directeurs d'institutions et curateurs de la scène internationale. Mais c'est aussi un carnet d'adresses regroupant en un seul volume plus de 1 500 contacts et adresses de professionnels et d'organismes d'art contemporain : lieux d'exposition, centres d'art, galeries, foires, biennales et festivals, mais aussi bourses, prix et résidences d'artiste, sans oublier les écoles d'art, revues et éditeurs liés à la scène contemporaine. Visant à offrir au lecteur la plus large visibilité du monde de l'art contemporain en France et à l'étranger, Le Guide de l'artiste est un ouvrage destiné à devenir un incontournable pour ceux qui veulent faire de l'art le coeur de leur vie.

& Amazon


LES TENTATRICES DE MYRIS.

par Jean-Paul Gavard-Perret

Née à Paris en 1972, Myris fait ses études d'arts plastiques puis elle retourne s'installer à Paris afin d'exercer le métier d'infographiste durant une quinzaine d'années. Reprenant des études en 2010 en design et communication, elle renoue avec le dessin traditionnel et se découvre une passion pour le monde de l'illustration. Désormais, à l'aide de logiciels tels que X-Press, InDesign, Photoshop & Illustrator ou au moyen du dessin traditionnel, du dessin vectoriel et du montage-photo, elle produit de passionnantes hybridations.
La chair de ses créations supplante celle de ses modèles. Chaque personnage féminin est sensuel, mystérieux, provocateur et décalé. Mais cette stratégie de masque est là pour tromper le regard-voyeur afin de le porter plus profond. Les grands affects humains surgissent : de l'exaspération au recueillement.
Les « tableaux parisiens » de Myris proposent des figures symboliques dont l'érotisme est le médium. La mort hante par exemple les "Folles épices à Belleville", le danger surplombe "Les rebelles de l'Opéra" où le personnage perd une chaussure dans sa fuite telle une cendrillon des temps modernes.
Le corps semé corruptible ressuscite donc incorruptible et glorieux en des contextualisations où les égéries jouent avec les repères et les étiquettes (: saintes, démons, femmes de « mauvaise » vie ou fashionnistas : le doute est là. On entre dans le rouge et le noir.
Le corps de l'artiste lui-même s'investit dans l'entreprise esthétique. Il est soumis à l'action qui consiste à animer et à éclairer la continuité entre temporalité et éternité, entre matière et esprit. Il ne s'agit pas d'une forme de schizophrénie mais un rêve entre eux d'une présence mystérieuse. L'identité de chaque femme appelle le scandale radieux.
Chaque œuvre multiplie les réseaux du mystère de l'Incarnation féminine. A savoir de celle qui a donné forme et originalité au monde des images « afin de rappeler l'homme aux choses spirituelles par le mystère de son corps » (Saint Thomas d'Aquin). Myris plus qu'une autre artiste peut distinguer ce qui est féminité et ce qui est Femme.
De plus l'artiste introduit la mutation de la mutation. Car imaginer n'est pour elle jamais restreindre mais développer la fièvre d'une aurore à venir. Surgissent les échos d'une fête aussi païenne que sacrée sur la voie lactée de l'inaccessible. La femme est déjà fée car sortie de sa chrysalide. Elle est l'efflorescence, l'éclat d'une magie et d'une inquiétude aux fascinants miroirs. Le caché est transmué en prélude. Dentelles, remous, fragrances.
Il s'agit de découvrir, tout en le cachant, le royaume féminin. Retenir l'éclat de celles qui dispensent leurs feux, qui séduisent et attirent en apprivoisant par leur exaltante beauté pour permettre d'accéder au limpide et à la suavité. Se laisser deviner appartient au prélude que l'artiste propose en exclusivité.

« Participer, participer » pensent les voyeurs. Mais à quoi ? Reste la magie dont la femme est épicentre et archange déchaîné. A ses pieds (et ailleurs) le regard se rassemble. Le corps même dans ses exercices de séduction ignore l'avalanche. Il est l'Ascension incarnée, symphonie, conte des nouveaux temps de crise : ce qui ne se voit pas implore d'être vu. Il y a là l'ostentation mais aussi la pudeur particulière qui crée une distance. Ce qu'elle accorde de proximité promet le lointain. L'œuvre reste dans l'épreuve du désir de la transgression. Les tentatrices fétichistes deviennent voyeuses du spectateur dans l'intimité de leur sexualité intouchable.
Les œuvres de Myris possèdent le pouvoir mystérieux de transformer le corps physique, vulgaire, en corps qui porte et supporte le mystère. L'érotisme s'élève contre tout effet de simplification tant par les poses, les couleurs, les mises en scène et la stratégie de Myris. L'œil s'éprend du corps de la femme. Mais le regard n'en vient pas à bout.
Les arrangements instaurés par l'artiste font de chaque création un volontaire inaccomplissement, un contre-chant qui participe au monde rêvé. Le corps qui emporte le regard devient celui d'une béatitude exaltante. Son réalisme ou plutôt son onirisme rapproche inconsciemment d'un souffle de l'origine et de la « nuit sexuelle » chère à Pascal Quignard et dont on ne saura jamais rien sinon ce que Myris en suggère.
Ce rien reste notre rien d'autre. Notre insondable priorité dont l'impossible approche atteste l'absolu du rien. Et c'est bien là toute la force des œuvres de la créatrice. Elles deviennent à ce titre et parfaitement « Les sanglots ardents » dont parlait Baudelaire. Un lien existe entre le sujet vu et celui qui le regarde. Mais cette connexion ne se prête pas à une prise.
Le corps est sans doute désirable néanmoins aucune offensive n'est possible face à lui. C'est d'ailleurs ce dont Barthes rêvait pour l'art érotique. Selon lui le désir a nécessairement un objet mais il convient à un artiste de ne pas en faire un objet. Myris réussit cette sidération. Le regard est en ce sens objet de sa perdition. D'une de ses mains l'artiste tend un miroir de l'autre elle le fend comme un oiseau fend l'air.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.