Artistes de référence

Musika

Musika

Née en 1966 à Benfeld (France). Vit et travaille en Alsace.

musika

 

Musika : la page Arts-up - le site


100 Plus beaux musées du monde
Les trésors de l'humanité à travers les cinq continents
de Hans-Joachim Neubert et Winfried Maass

Tout musée est l'image d'une culture et d'une histoire. Qu'il abrite les œuvres d'une multitude d'artistes ou d'un seul, qu'il se concentre sur un mouvement artistique ou sur les chefs-d'œuvre d'une période historique, il reflète par-dessus tout l'image qu'une culture a d'elle-même et de son environnement. Rares sont aujourd'hui les capitales qui ne sacrifient pas à la fierté nationale en mettant en valeur, tantôt les créations de leurs artistes, tantôt des collections d'envergure internationale, lorsqu'elles ne célèbrent pas les hauts faits de leur histoire à travers objets d'art, sculptures et peintures. Ce livre vous entraîne à la découverte des 100 musées les plus passionnants du monde. Leurs collections les placent parmi les institutions les plus importantes de notre culture contemporaine.

» disponible chez Amazon


Traité des couleurs
de Libero Zuppiroli et Marie-Noelle Bussac

Le monde des couleurs a toujours éveillé la curiosité de l'homme, tant par sa diversité et sa complexité que par son contenu émotionnel. Depuis des siècles, artistes, artisans, scientifiques et philosophes s'interrogent, chacun à sa manière, sur la mature des couleurs et sur les moyens à mettre en oeuvre afin de s'en servir, de les reproduire ou de les mesurer. Du désir de mieux comprendre les couleurs sous tous leurs aspects, et donc de réduire l'éparpillement des connaissances, est née l'idée de ce Traité des Couleurs. Articulé en deux parties, richement illustré par plus de 130 photographies originales, cet ouvrage intéressera tous les curieux de La couleur et en particulier les scientifiques, les philosophes, les artistes et les artisans.

» disponible chez Amazon

MUSIKA :  VERITE DE ET DANS LA PEINTURE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Musika

On se souvient de la  phrase de Winnie dans Oh les beaux jours : "Assez les images". Cet appel, Musika le réitère non pour les effacer mais pour qu’elles ne soient pas dans sa peinture qu’une ombre passagère et qu’elles la et nous bouleversent. Sensible à l'étroite parenté qui relie son interrogation existentielle fondamentale à la réflexion sur la peinture, l'artiste désire s'extirper de la flatterie des images fausses pour conduire les siennes vers l’ image "idéale"non par :" suppression et l'anéantissement du monde"  (Schopenhauer) mais pour sa rédemption particulière comme l’artiste le prise elle-même dans un aveu fondamental : « La pensée dans le cœur est un désert.  Et le désert envahit le cœur de ses dunes mouvantes et asséchantes. Mais le vent, l’unique battement d’ailes vivants bouscule sans bruit ces amas de poussières. Et déplace le regard sur l’horizon  Il y a autre chose derrière... de la vie, peut-être même de la lumière ?! Et ma pensée est aspirée vers cette frontière, cette ligne mouvante entre rêve et réalité, l’espace du ciel qui fusionne avec l’horizon. Le vase donne une forme au vide, et la musique au silence (disait Braque). La véritable musique est le silence, et toutes les notes ne font que l’encadrer. Maintenant que je me suis trouvée, je peux avancer… (…) Je suis une passionnée, donc une survivante. J’ai fais crier mon silence.  Comme tous les passionnés, j’ai volé le feu des dieux et me consume à ce quelque chose d’absent qui m’appelle, me fascine, me tourmente. J’ai répondu à cette injonction : « c’est assez d’être beau, il faut être sublime ». (…) Je suis chercheur(se) d’absolu, je n’erre plus mais je suis passeur(se).. d’intensité 
La peinture de Musika est çà ce titre aussi  solaire que  léthéenne . Elle l’a puisé en fréquentant beaucoup les musées, parce qu’elle est férue  d'histoire de l'art, de philosophie, de métaphysique.  S’il existe quelque chose de la négation dans son œuvre il faut être précis : chez Musika la négation n'exprime plus rien de négatif mais dégage simplement l'exprimable pur.  L’image qu’elle crée vient donc de loin : c’est une sorte de « voix » qui sort  du fond de l'abîme de l'être, du  moi dissous, du Je fêlée, de  l'identité perdue.   C’est à partir de la mise en abîme de l'être que sa peinture est devenue le surgissement possible d’un impossible a priori et qui s’est montré pas à pas, pied à pied à mesure que l’artiste se découvrait au plus profond d’elle-même. Ce qu’elle montre devient de l’ordre d’une forme d’ évaporation jusqu'à la transparence.
Dès  le début Musika acquiert la conviction que les images doivent être autre chose que la possession carnassière des apparences, autre chose que cette mimesis en laquelle, depuis la Renaissance italienne, elles se sont splendidement fourvoyées et dont le prétendu "réalisme" représente la forme la plus détestable.  L’artiste ne nous emmerde pas avec des  histoires d'objectivité et de choses vues. Elle s’est barricadée contre l'invasion de cette illusion illégitime. Ajoutons que pour elle tout n’est pas objet pour la peinture, seul la vérité (et non  les états d'âme, les rêves ou les cauchemars, à condition) en est le sujet à condition bien sûr  que la transcription en soit faite avec des moyens plastiques seuls gages de cette vérité. Les mystérieuses poussées vers l'image doivent pouvoir offrir un  ébranlement du regard afin qu’il comprenne ce qu’est la vérité  qu’elle demande à cette vieille chose toujours neuve : l’art.
On retrouve chez elle un chemin tracé par de Stalle, Riopelle, Sam Francis, Tal Coat, Masson, Bonnard, Hayden et les Van Velde.  On sent l’artiste appelée par la quête de quelque chose qui se tient entre espace pur et pur espace. Et l’on retrouve dans beaucoup de ses œuvres un élément qui répond à ce que Balzac écrit dans « Le chef d'oeuvre inconnu »  :"la nature comporte une suite de rondeurs qui s'enveloppent les unes dans les autres. Rigoureusement parlant, le dessin n'existe pas. Et si l’artiste ne cherche pas à « paysager »  elle ouvre la peinture vers une autre voie en l'excluant de la représentation de la nature ou de la réalité En ce sens elle est bien une  « abstracteuse »  de quintessence comme le furent Mondrian, Lissitzky, Malevitch dont elle partage les idées sur bien des points. Pour elle la peinture est rupture ou n'est pas. Détrôner les objets en faveur de ce qui les sépare est insuffisant. En ce sens elle est proche de Beckett lorsqu’il écrit "pour moi c'est préférer Bonnard blanc à blanc Bonnard. Assez" L'impossibilité de l'émerveillement par l'image artistique, après les tragédies de la Seconde Guerre Mondiale, n'explique pas tout dans le cas de Musika Son attirance-répulsion, si elle ne s'oppose pas à cette  explication qui emporte tout l'art contemporain vers une crise de la figuration, est à chercher dans l'intimité de la problématique de l’oeuvre  et sa recherche de la vérité.
Pour Musika il faut sortir la peinture du « décor ». La beauté ne suffit pas. Elle en appelle à une peinture où se manifeste l'être à vif, là où se nouent lumière et obscurité. Si, dans tableaux et les gravures d'un Blake, elle peut  saisir une image violente de l'être, qui - tel son "Nebuchadnezzar" -  nous regarde de toute sa douleur et de toute sa terreur, si dans l'imagerie religieuse elle est prise fut par toutes ces descentes de croix où l'être est abandonné à sa solitude irrévocable", l’artiste est attiré par ce que le critique d’art américain Webs nomme une peinture "formlessness", une peinture sans forme qui tend à créer ou recréer  un lieu et qui est capable de  donner à l'être le secret de son identité verrouillée. Refusant toute peinture qui peut, de près ou de loin, suggérer une figuration abusive, Musika opte pour celle dont les possibilités  - ou les impossibilités - d'expression tendent à suggérer l’approche de la vérité de l’être à travers les effets qu’elle produit .Ce que recherche l’artiste dans l'Imaginaire pictural reste sa puissance paradoxale à creuser le monde aux antipodes du motif. La créatrice ne veut retenir qu'un énoncé pictural où l'image est dissoute dans la plénitude lacunaire de ses couleurs, comme si la matrice pesait de tout son poids sur la plus faible ligne jusqu'à ce qu'elle éclate. En cette approche on pourrait  croire voir émerger une nostalgie éperdue de la pureté. Mais ne faudrait-il pas voir, plutôt, une accession à la forme la plus accomplie de la vérité, à la visible présence de la présence cachée  ?
Musika accepte encore une sorte  de figuration. Mais n’est-ce pas là pour elle qu’un étrange ordre des choses, fait d'ordre en mal de choses, de choses en mal d'ordre ? Toujours est-il que pour elle  la peinture reste la quête suprême  en une figuration de l’infigurable. C’est donc une peinture paradoxale qui engendre même lorsqu’elle « efface » au seins de ses lignes et ses couleurs noyées dans la matrice. Emerge une peinture à peine cristallisée sur la toile, une peinture qui semble se décaler, fuir, se dérober de la toile plus qu'elle n'enrobe cette dernière par le décalage du motif et de la matière dans ce qui tient au décrochement visuel. Une telle entreprise artistique  est la procédure digne de dénuder les images acquises et fausses ou insuffisantes. Le blanc devient la fondement de la peinture, il en forme la ponctuation exaspérée dans des espaces denses mais légers au moment où les lignes se concentrent non pour une expansion du monde mais pour sa saisie car pour elle la peinture est autant une expansion qu’ une contraction.
Se soumettant à une volontaire absence de rapports entre le réel comme le surréel et l'art, Musika  représente au mieux l’artiste "idéal" qui écarte l'exercice de la peinture de toute tendance réaliste, comme de toute tendance au fantastique à travers des traces irréversibles libérées des contraintes spécifiques de la spatialité picturale admise.  L’artiste ne cherche pas l'hallucination par les images qu'elle crée, mais l'accession à une sorte de « littéralité » qui permet de toucher en des lieux inconnus de l'être où il n'existe plus d'image possible. C'est à partir de cette postulation  que l’artiste  est entraînée vers une sorte d'écroulement des formes. Dans son oeuvre le trait tente de dominer la matrice, telles des flèches transperçant le corps d'un martyr devenu invisible, mais la matrice cherche à résorber le trait. 

Dans une telle approche sont éliminés toutes surcharges rhétoriques et effets de métaphores. Ne subsiste plus rien, entre exaltation et anéantissement,  rien que ces lignes tendues à travers divers bains de couleurs tendres. C'est ce qui fascine. On  n'a  plus l'impression  de se situer devant la toile mais  "au-dedans", au milieu de ces traits qui pénètrent la toile  mais sans jamais la conquérir. C’est là aussi le génie créateur de l’artiste. Sa peinture, en apparence "impossible", semble pouvoir se situer à l'extrémité de la logique de l’histoire de l’art tel qu’il est aujourd’hui. Cette peinture possède le mérite rare de ne pas conférer de stabilité "concrète" ; elle est, à l'inverse, hantée par la difficulté d'obtenir quelque chose de solide.  Musika est donc un peintre capable de pousser la peinture vers un ailleurs et elle porte la charge de représenter une peinture au-delà ou plutôt à côté de toute la peinture de tradition occidentale.

Ce qui séduit dans l’œuvre tient aussi à sa volonté de vaincre, sa dimension titanesque au sein même de la fragilité comme si la vérité tenait toujours qu’à un fil –celui de la vie qui peut toujours la remettre en question. Musika extrait donc la peinture. L’acceptant pour ce qu’elle est : un art représentatif , l’artiste ne cherche pas à vouloir arrêter le temps en le représentant mais de le faire vibrer afin que nos yeux s’ouvrent sur ce qu’il en est non de lui mais de nous .
Musika sait que l'objet de la représentation résiste toujours à la représentation. Elle nous apprend (comme elle l’a appris elle-même)  voir ce  que la vue cache. Elle arrache du visible quand le visible s'arrache à nous. Elle nous permet donc de voir enfin l’invisible en nous.  De la même manière qu'un Michaux - qui dans "Origine de la peinture" déclare :"Ainsi fut établi parmi les hommes combien l'image des choses est délectable", Musika n’y trouve son compte que lorsque l’image créée est gage de vérité. Loin de saturer, l’artiste a fait du vide. Elle a même porté son oeuvre au noir,  dans le noir qui éclaire et qu’éclaire l'esprit. Bafouant toute fixité, l'arrachant par les traits elle crée un passage hors de l’ombre pour une "résurgence".  En ce sens on peut dire qu’une bonne peinture n'est pas une image. A savoir une ressemblance avec le connu. La peinture n'est que ce que Musika en fait et qu'elle définit ainsi : "arracher à l’illusion pour s’approprier une réalité aux couleurs des strates de nos vies".  En sachant toujours comme elle le précise que "l’étroite voie de notre ciel propre passe par la volupté de notre propre obscurité".
 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.