Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Anita Molinero

Anita Molinero

Née en 1953, à Floirac  Vit et travaille à Marseille.
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La galerie d'art
de Marie-Claire Marsan

A ce titre elle a participé à l'élaboration de nombreux textes de référence concernant la réglementation du marché, notamment pour la reconnaissance de la photographie, et plus récemment des oeuvres sur support audiovisuel en tant qu'oeuvres d'art originales, au regard des dispositions fiscales. Elle est chargée de cours à l'Institut des Études Supérieures d'Art (IESA) et formatrice au Congrès Interprofessionnel de l'art contemporain (CIPAC).

L'auteur
Marie Claire Marsan est déléguée générale du Comité Professionnel des Galeries d'Art (syndicat national des galeries d'art moderne et contemporain créé en 1947). A ce titre elle a participé à l'élaboration de nombreux textes de référence concernant la réglementation du marché, notamment pour la reconnaissance de la photographie, et plus récemment des œuvres sur support audiovisuel en tant qu'œuvres d'art originales, au regard des dispositions fiscales. Elle est chargée de cours à l'Institut des Études Supérieures d'Art (IESA) et formatrice au Congrès Interprofessionnel de l'art contemporain (CIPAC).

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ANITA MOLINERO : LA SCULPTURE COMME EPREUVE DE FORCE ET D'HYSTERIE

par Jean-Paul Gavard-Perret

Anita Molinero : exposition du 12 septembre au 7 novembre 2009 - Galerie Alain Gutharc (Paris)

anita molineroL’oeuvre d'Anita Molinero est apparue au début des années 80 et n’a cesse de se développer. L'artiste utilise des matériaux de décharge, des containers à ordures qu'elle calcine pour les coaguler afin de la torturer leur matière souvent suspendue. Elle n'est jamais tentée par une transfiguration rédemptrice qui sublimerait les formes ou les sacraliserait. Le nouveau statut d’oeuvre d'art prend chez elles une autre valeur entre ce qui tient d'une monstration à la fois proche du show-room et de l'exposition.

La prise de risque de l'artiste rend toutefois son oeuvre plus proche de la seconde que la première. Ni formaliste, ni informelle, à la frontière de l'action pure et du travail sur le matériau elle utilise ce dernier avec brutalité même dans un travail de force proche de ceux des Serra ou des Smith et des sculpteurs anglais et américains. Sa démarche prolonge toutefois la mise en distance des conventions d’une sculpture de "plaisance" et de plaisir.

Ce travail physique, criard et volontairement hystérique formellement, impose sa force même dans les formats plus petits où, à l'aide de grilles, l'artiste dépose sa lave plastique en fusion. Torsions, distorsions, agressions ne cherchent pas à faire de l'objet d'art un objet digne et l'exclut des catégories esthétiques classiques (le beau, le laid). Néanmoins l'oeuvre par sa dématérialisation, sa dénaturalisation provoque une pulsion d'où émerge ce qu'on osera nommer beauté.

La couleur rayonne et du chaomorphisme gicle un optimisme là où vie, sexe, mort, sensualité, renaissance s'entremêlent sous forme de gigantesques larves ou, par exemple, dans une cabine téléphonique hexagonale en verre. Celle-ci contient un container de 330 litres en plastique fondu, devenu informe. Le container est accroché à la cabine.
Flottant, il prend appui sur les vitres. Certaines parties donnent l'impression de s'écraser contre les parois. D'autres parties fondues s'étirent comme des lamelles, des branchies ou des tentacules. La transparence de la cabine et son dessin géométrique en font une forme à la fois achevée et ouverte "ce qui est dans mon travail un enjeu fondamental" dit l'artiste qui précise encore "La géométrie appelle son contraire : l'organique".

A la forme admise de la représentation Anita Molinero substitue celle du "scénario". La question du " qu'est-ce que cela représente ? " est remplacée par " que voit-on ?" et "que se passe-t-il ? ". Surgissent en conséquence divers types d'" Extrusoït" (néologisme créé par l'artiste pour mêler extruder et coït, ce dernier terme «prononcé par quelqu'un qui a un cheveu sur la langue»).

La sculptrice se réclame, par ses "ovni", d'une époque post-Tchernobyl.
Elle se réfère à une sorte de "grunge" abstrait : le danger invisible que représente un nuage radioactif. Christian Bernard la définit ainsi :
«Elle fait de la sculpture dans le sens premier du terme, avec une masse, de laquelle elle enlève de la matière. Comme Michel-Ange.» Mais le XVIe siècle ne connaissait ni le polystyrène, ni les plaques de toiture ondulées, ni les sacs poubelles et autres objets en plastique.
Mais la fille d'une Française et d'un anarchiste espagnol, a osé créer des objets qui ne se vendent pas. "Faites la même chose, mais en bronze"
lui disaient certains galeristes... Les temps ont toutefois changés.
L'artiste devient incontournable et l'invitée des biennales... C'est mérité.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.