Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Laurence Courto

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up


Laurence Courto

lurence courto

Née à Dijon en 1953. Diplômée de l'Ecole
Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris en 1979 puis, docteur en Urbanisme et Dynamique de l’Espace, enseigne à Paris VIII et réalise de nombreux travaux sur l'espace urbain et industriel. En 1995, elle entreprend des voyages dans le monde, installe des ateliers temporaires à Cuba, au Cap Vert et en Italie, apprend la calligraphie chinoise à Pékin et Shanghai. Elle arrête son activité d'architecte pour se consacrer à la peinture.
Elle poursuit une carrière internationale en Italie, Allemagne, Suisse.

Laurence Courto : le site personnel



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Laurence Courto : le groin perdu de l'imaginaire

par Jean-Paul Gavard-Perret

Exposition à la galerie Talbot, 11 rue Guénégaud, Paris ( du 5 au 28 mars 2009).

laurence courto
Laurence Courto

Le feuilletage, les couches leur encollage admettent paradoxalement une réelle transparence. Coller sur le fond revient à créer une sorte d'aporie de la notion de surface. Il y a le lisse et ce qui s'y cache.
La surface se dérobe et pourtant surgit une sorte de prurit : la toile soudain gratte, irrite le regard. Le tableau reste bien plat, c'est bien sûr une surface, rien qu'une surface, néanmoins surgit son exaspération, sa saturation dans la limite entre horreur et séduction, saturation et vide. D'une certaine manière il faut donc parler d'effraction, d'accident de surface comme si derrière le miroitant émergeait un granuleux particulier dans la scission de la surface "réelle" et de la surface picturale. Quelque chose ne se refuse plus dans l'épaisseur de la toile et n'est plus refoulé : il n'existe pas de défaites du désir - bien au contraire. C'est donc bien avec Laurence Courto d'une transparence du tableau qu'il s'agit.

Le collage crée les signes de la poussée interne . Les surfaces plates deviennent en quelque sorte bombées comme si elles portaient le message d'un en-dessous exaspéré. Le collage désigne alors une zone liminale, un état "tremblé" qui recoupent l'encore et le déjà. D'où ce qui enflamme, hérisse en ces superpositions qui grincent, font crier le silence. Il y a donc bien effraction de, sur, à la surface. Et si en elle existe le bombé surgit aussi le creux. C'est ce que Didi-Huberman nomme dans "Phasmes" "une épiphasis-aphanasis" : ouverture énigmatique et fermeture heuristique. Epreuve d'une confusion des genre entre ce qui fait couleur, ombre, forme. Dès lors s'agit-il de refaire surface ou de faire tapisserie ? Laurence Courto laisse la question ouverte. Face à ce qui se dérobe, demeurent les aspérités de ce qui devient présence mais présence disloquée, déplacée, séparée. On peut donc parler d'éclats, de textures. De coutures et de déchirures. Bref de surface de réparation et du lieu de la séparation.

D'espaces aussi superbement abîmés :
abomination et abîmonation. On passe alors du reste, du résidu à ce qu'on peut nommer chef d'œuvre. Le dépôt provoque chez l'artiste chambérienne dilution des qualités de surface et des qualités d'excroissances colorées qui provoquent des ombres au plan que d'une certaine manière il surplombe et enfonce. Il y a des traversées - subreptices ou irruptives de couleurs majeurs chez l'artiste. L'ombre elle même est à peine perceptible tant le lambeau sur le plan se clôt de labilités ténues. Qu'elle déchire le plan ou s'"y déploie une obombration surgit en état de traversée. Elle n'est donc pas "collée" à la surface, elle devient la qualité d'un passage dans les surfaces. Nous touchons ainsi, par le biais du collage, à la matérialité sensible de la peinture, à l'extrême pointe de son effet coloré.

laurence courto
Laurence Courto - bleu, 100 x 100 cm (2008)

Laurence Courto traite ainsi la couleur de manière à produire un jeu d'apparence sans objet à la pointe extrême de la biffure qui devient reflet de reflet par effet de pan. La créatrice propose en conséquence l'art le plus lucide qui soit à travers sa conscience déchirée. Déchirée parce qu'elle pense la constitution du visible non en terme de simple déposition chromatique ou signifiante sur le support mais dans l'avènement d'une lumière par l'épaisseur et la densité noués non seulement à la déposition mais à l'effacement et l'arrachement, bref au travers par recouvrement et - après coup - par découvrement dans cette dialectique qui ouvre au trouble. Il y a là tout un travail subtil entre enveloppement lambeaux et entrelacs qui nous regarde comme le "petit pan de mur jaune" qui regardait Bergotte.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr


 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.