Artistes de référence

Jérôme Boutterin


Jérôme Boutterin

Jérôme Boutterin vit et travaille à Paris et New-York. Présent dans de nombreuses collections publiques et privées, il a été l'invité de nombreuses foires d'art contemporain : FIAC de Paris, Rotterdam, etc.

Jérôme Boutterin : le site

 



La chambre obscure

par Jean-Paul Gavard-Perret

Jérôme Boutterin,

Vision 1 : Ecole d’Art Gérard Jacot, 90000 Belfort ( du 27 octobre au 23 novembre),
Vision 2 : Centre Régional d’Art Contemporain, 25200 Montbéliard( du 27 octobre au 23 novembre),
Vision 3 : Musée Baron Martin, 70100 Gray (11octobre eu 30 novembre).

 

Jérôme Boutterin a tout compris de la peinture et de ses enjeux présents. Longtemps il a erré dans le "duratif" qu'il opposait à l'"achevé". Pourtant aujourd'hui il ose passer de la dégradation du tableau à sa restructuration souvent monochrome. La couleur couvre la toile mais il ne s'agit pas pour autant de structurer une surface dans le simple but de la représentation. C'est pourquoi les formes jouent à fond dans un exercice qui ne se limite pas à la compétence d'un style qui réduirait la peintre à un art de polémiste. Le peintre s'exclut de la manipulation, de la séduction, de la provocation, bref de tout ce qui engendre du factice, du factuel, de l'évènementiel sous lesquels la peinture croule aujourd'hui dans bons nombres de ses aventures qui ne sont que du tourisme.

Visions 1, 2 et 3 proposent des oeuvres majeures et amples du peintre. Elles nous emportent loin du conformisme. Pas de parcours narratif cependant en ces trois étapes montrées à l’Est de la France. Surgit une redistribution qui joue sur un "contingencement" (Didi-Huberman) ni pragmatique ni de pur état d'âme. C'est pourquoi ses toiles sont sans doute des anti-objets mais non des anti-peintures. Elles offrent un état de transformation qui exclut la paraphrase : tout est "à l'image" en une suite d'anaphores qui sortent de la clôture habituelle où nous croupissons.

L’œuvre fond en aval de nos mondes. Ils se développent ici d’une autre manière. Il faut donc s’en remettre au geste de Boutterin. Un geste qu’il ne cesse d’élargir avec une joie troglodyte et rupestre synonyme d'un souffle qui remplit la toile ou plutôt la pénètre. L’artiste l’occupe afin d’en extraire le « froid ». Sa peinture n’a plus pour origine que son mouvement vital. Il fait lever un monde dans le mental par l’émotion travaillée, sertie, développée. Celle-ci possède la puissance de recourber le néant en créant des seuils franchissables vers ce que l’on peut appeler une forme d’espoir au sein des abîmes creusés.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.