Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Jeanne Gatard

Mirondella
galerie d’art en ligne

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Exposition permanente

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JEANNE GATARD ET L’ART DU PORTRAIT .

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

jeanne gatardJeanne Gatard crée à petits pas, trait à trait. Elle dessine souvent les portraits des auteurs et des artistes qu’elle aime : Bonnard, Matisse, Bacon, Valéry, Pessoa, Michaux, Beckett, Jouve, Giacometti entre autres. Pour elle, le dessin c’est la répétition, la patience. Il ne cherche pas à prouver : il se contente de laisser aller pour tenter de saisir l’essentiel. Avec lenteur, persévérance, de reprises en reprises (comme le prouve par exemple son travail sur le visage de Paul Valéry).  Dessiner n’est pas donner du ressemblant à tout  prix, c’est lâcher prise pour atteindre une essentialité. Le dessin est donc bien un exercice de patience. Jeanne Gatard pour réaliser les siens sort du temps, du quotidien. Mais dans cette approche par la lenteur dessiner revient parfois à aller vite. Plus vite au moins que l’écriture : une image vaut mille mots ! C’est dire ! C’est excitant aussi.

D’autant que chez un telle artiste le trait est vif, précis, incisif. Il va à l’essentiel, se dégage  de l’apparence admise. En ce sens Jeanne Gatard est autant une matérialisatrice d’abstractions, qu’abstractrice de figurations. Ce n’est pas la simple reproduction d’une ressemblance qui l’intéresse car ceci ne serait que mensonge. L’ambition est autre. Plus profonde. La ressemblance manque de don et d’abandon. Bien sûr il faut un minimum « d’exactitude documentaire », mais le dessin s’écarte de cette donnée basique pour devenir projection mentale d’émotions et vision. Surtout vision. Comme l’écrit l’artiste « tout portrait est imaginaire. Tout portrait est une légende ». Sans quoi il n’est rien.  Dans le rapport du sujet représenté et du sujet qui le croque  l’acte de création a lieu. Et si l’artiste dessine ceux qu’elle aime ce n’est pas par hasard. Ce n’est pas parce que Beckett a une « gueule » qu’elle le retient c’est parce qu’elle « est fabriquée par lui » dit-elle.  Le résultat est troublant, émouvant, riche. La créatrice atteint chez Beckett et à travers sa prise une vérité qu’on ressent dans ses livres mais qui restait jusque là inconnue, ineffable. L’artiste mais des traits dessus non pour la biffer mais la souligner.

Il y a dans son travail tout un exercice d’admiration et d’abnégation. Une sorte d’humilité et pour reprendre un thème cher à Beckett sinon de disparition du moins d’effacement. Son œuvre n’est pas faite pour retenir le temps mais de s’y dissoudre. Son œuvre devient de la sorte un monument particulier. Il ne se veut pas un mémorial  mais une « retenue ». Un d’éclairage de biais sur l’intouchable, une méditation. Chez Jeanne Gatard le dessin semble parfois piétiner car il reste toujours un « bâtiment inachevé ». C’est le lieu du  « rien » : mais un rien qui est tout parce que peut tout encore s’y saisir d’une vérité en perpétuel mouvement avec l’existence de tentatives en tentatives. Au sein des traits, des ratures et des délits-et-ratures que la gomme ne peut annihiler. Restent visibles des blessures. Celles de la vie, celles qui font que du dessin surgit une musique. Une musique surgie  dans les étendues blanches où ses personnages surnagent, une musique venue de très loin, un murmure « à peine, d’à  peine » comme aurait dit Beckett.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.