Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Simona Fedele

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Pourquoi ces chefs-d'oeuvre
sont-ils des chefs-d'oeuvre ?

de Alexandra Favre et Jean-Pierre Winter

Pourquoi Guernica de Picasso et La Laitière de Vermeer sont-ils célèbres au point d'être immédiatement identifiables par tous ? Outre leur valeur artistique, de nombreux facteurs jouent dans la popularité des chefs-d'oeuvre de l'art occidental. Au-delà de l'histoire et des faitsc ce sont aussi des chefs-d'oeuvre parce qu'ils exercent sur nous une fascination inconsciente.

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SIMONA FEDELE : VISAGES

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Simona Fedel - Lei dovrebbe essere altrove
simona fedeleLe monde est un visage. Chaque peinture se noue en tourment. Autoportraits de nerfs, clairières d'humains, d'encore humains, de malgré tout humains. Chemin de coeur et de vie, chemin que prennent sans répit les figures. Elles émergent du présent dans une discontinuité créatrice pour une vision paradoxalement complète.

A contre nuit elles s'animent d'une force qui les dépasse. Déluge de voies lactées dans le secret du souffle de Simona Fedele. Il crée ses gestes. Parmi les éboulis de l'être, l'écorce de l'âme récite les étoiles tout en laissant briller la nuit.

Simona Fedele devient le cœur du vivant, la mémoire des mises au monde, la gardienne des secrets, lexique des désirs enfuis et source des confins. L'artiste crée pour exorciser ses blessures. Pour  habiter la lumière. La lumière et le temps.  L'un et l'autre sont une matière à travailler. La matière peinture en décrasse l’épaisseur.

L’artiste tente de faire disparaître les ombres. Ses mains créent des murmures dans la solitude. En ce sens Simona Fedele respecte l’injonction de Miro. Son cœur est dans un mouchoir de peau. Que son  pull lorsqu’elle peint délaisse son épaule n’y change rien. L’artiste sait que nous  ne sommes pas nés pour êtres des marionnettes, ni pour la pantomime des prières avec les aiguilles d'une horloge.

Ses anges et ses diables sont dans chaque portrait. Elle ne les gaspille pas : elle leur donne des formes traits humains. L’énergie créatrice met en mouvement quelque chose d’irrésistible. Rien n’est différent dans chaque visage, mais tout change.

Se découvrent la douleur et la vie que la peinture rassemble dans des couleurs - de moins en moins, de plus en plus. L’enfant sauvage, qui a vécu lentement et que Simone Fedele fut dans les contraintes, dans l’obéissance a grandi. Elle a trouvé sa voie : ses images ne viennent pas du dehors de ma vie, elles sont en dedans, de derrière les paupières. Et c’est ainsi qu’elles brûlent.

Et c'est pourquoi la désagrégation induite par l'œuvre ne possède rien de délétère. Elle reste de l'ordre de l'Ascension approchée "par défaut".  L'artiste  n'a cesse de le prouver donnant à la douleur dont on ne peut guérir un tapage visuel.  On doit donc imaginer l'artiste autant désenchantée qu'enchantée. Comme s'il s'agissait - dans ses effacements et ses torsions émergés des tréfonds de l'âme et du corps - de restituer une liberté.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.