Artistes de référence

Celia Eid

Celia Eid

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Celia Eid : le site


Contrepoints :
Dialogues entre musique et peinture

de Philippe Junod

Les convergences entre arts du temps et de l'espace sont plus actuelles que jamais. Rencontres, doubles vocations, collaborations, influences, transpositions, métissages divers caractérisent l'esthétique de notre temps, dont l'ouverture multimédia s'affirme comme un refus du purisme des générations précédentes. Mais le phénomène ne date pas d'hier, et la modernité se teinte parfois d'archaïsme. C'est Stendhal qui nous a légué la manie des comparaisons entre peintres et compositeurs, et les permanences sont nombreuses et significatives, qui vont des origines pythagoriciennes de la musique des sphères aux racines romantiques du musicalisme. Cette quête de correspondances, expression d'une nostalgie de l'unité perdue, s'oriente tantôt vers le domaine des synesthésies et du mythe de l'audition colorée, tantôt vers celui des proportions harmoniques, où l'analogie musicale s'insinue dans les théories picturales. La peinture elle-même n'y échappe guère, et Bach et Wagner sont sans doute les musiciens qui ont le plus souvent nourri l'imaginaire des artistes. C'est à diverses facettes de ce dialogue séculaire que sont consacrés ces essais.

l'auteur
Philippe Junod a enseigné l'histoire de l'art à l'Université de Lausanne. Il a étudié le piano et la musicologie avec Maurice Perrin, Andrée Bonneville, Nadia Boulanger et Jacques Chailley.

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CELIA EID : L’IMAGE, LE SILENCE, LA MUSIQUE
par Jean-Paul Gavard-Perret

 

La musique attire Celia Eid. La musique, sa hauteur, ses degrés parfois même jusqu’au presque silence. Née à Sao Paolo l’artiste vit et travaille dans la région parisienne. Illustratrice à l’origine elle se consacre désormais au cinéma d’animation et aux arts numériques.

Collaboratrice de la revue Passage d’Encres où sa directrice lui offre la place qu’elle mérite elle a pour cette revue créé des estampes numériques et mis au point l' animation 2D numérique de « Gymel »composé par Sébastien Béranger et interprété par l’ensemble Aleph.
Ce mot désignait au Moyen-Age une pièce polyphonique à deux voix. L’artiste a laisser tomber l’idée première du parallélisme des différents instruments afin de choisir la matière comme sujet de son film. Couleurs et formes se déploient en mouvements opposés et duels : expansion / Contraction, formes Organiques / formes géométriques, netteté / opacité, ombre / lumière.


La « cosa mentale » qui caractérise toute l’œuvre de l’artiste est induite par une poussée nébuleuse. L’espace en devient la butée. Elle y accroche une étrange lumière. Par son redoublement la transparence suit. Elle passe des yeux des morts à ceux des vivants. Son  injonction emporte même si la virtualité fait de l’image quelque chose de l’ordre de la pellicule le plus mince. Créer ne revient plus à recouvrir mais à ouvrir. Surgit une forme d’errance dans l’évanescent, dans le temps sans durée et l'espace non pulsé et sans champ. Celia Eid peut donc trouver dans la musique où se cache la subtilité de l’ellipse une aventure parallèle à la sienne.
Se goûte alors une sorte de  paix. Par épreuve de l'air. Et par sa hantise. L’artiste nous projette dans l'entre de ses images. Une musique en échappe, on la sent  battre comme si, par cet intermédiaire, l’image virtuelle ne s’appuyait pas simplement sur le vide. Se découpe peu à peu comme l’appel d’un seuil à franchir mais dont le passage est paradoxalement interdit. Au’importe :  rien n’est plus obscur que les unions de l’art et du silence, de l’art et de la musique.


L’art trouve sa béatitude dans le risque de n’être presque plus rien. Dans ce presque rien l’œuvre de Celia Eid pèse de tout son « poids » et de toute sa liberté. Elle franchit les limites. Mais il ne s’agit pas d’une sortie : cela revient à se fonder dans le lieu où nous sommes, contre la belle et précaire assurance de nos alibis de toutes sortes. Ce rien ne doit être pas pour autant se donner comme idéal ou divin, comme essence ou exode. Il est : c’est tout ce qu’on peut en  dire. C’est ce qu’on doit accepter. Nous devenons tout entier notre bord d’ombre, nos suites d’à-côtés, notre théâtre d’ombres. Plus besoin de métaphores. 
C’est pourquoi Celia Eid cherche surtout la musique qui induit le silence, le silence qui appelle la musique et produit des images au seuil infranchissable. En elles la musique vient de partout et de nulle part. Il faut en accepter l’énigme, attendre ce qui ignore tout autant que ce qui se dévoile.  Ce qui doit autant à l’attente qu’au silence, à l’ignorance qu’à l’amour. Et parce que le noir et le silence s’approchent, il faut choisir de ne plus s'en contenter et ne pas s'y terrer.  D’où le nécessaire recours à une œuvre dont l’animation étrange ne ressemble à  rien de connu. Une œuvre où formes et couleurs écoutent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.