Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Marco DEL RE

Marco DEL RE

Marco Del Re, né à Rome en 1950, vit et travaille à Paris. Depuis, 1988, il expose à la galerie Maeght.



Contrats du monde de l'art de Véronique Chambaud.

Cet ouvrage rassemble les contrats et accords essentiels dont un artiste a besoin tout au long de sa carrière : contrat d'exposition, de commande, de projet artistique, accord de dépôt-vente, bail d'atelier, mandat d'agent d'art, cession de droits de reproduction, etc. Après avoir précisé le cadre juridique des droits de l'artiste sur ses œuvres, les règles de rédaction et négociation des contrats du monde de l'art, il propose 25 modèles de contrats expliqués et adaptés aux exigences actuelles du marché de l'art. Pour chaque contrat, l'auteur étudie le contexte légal et jurisprudentiel, donne un commentaire pratique sur les différentes clauses proposées et fournit un mémo de négociation, pour savoir le négocier et pouvoir l'adapter.
A la fois théorique et pratique, l'ouvrage offre aux artistes, aux professionnels du marché de l'art et à leurs conseils un support de réflexion et une aide à la rédaction des contrats indispensables à la sécurisation des relations sur le marché de l'art et la défense des créations artistiques.
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MARCO DEL RE : ETRE DUR DE LA FEUILLE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

On doit à Yoyo Maeght la découverte, il y a plus de vingt ans celui qui, depuis, est devenu un architecte, un graveur, un dessinateur puis désormais un sculpteur et un designer, mais qui reste avant tout un peine : Marco del Re. Né en 1950 à Rome, il vit et travaille à Paris où il expose, depuis 1988, à la Galerie Maeght. A mi-chemin entre tradition classique et peinture moderne, son œuvre puise son inspiration dans la littérature et la mythologie, à la source de l’histoire de l’art qui’il revisite sans cesse.  En 2008, la Galerie cité a présenté des sculptures en bronze, symptomatiques de ses nouvelles pistes d’expérimentation ainsi qu’une série de tableaux réalisés, en hommage à Braque,  entre 2006 et 2007 dans son atelier de la rue Daguerre, à Paris. Ces huiles sur toile sont des oeuvres d’un paysagiste empreints d’italianité à travers des collines ocres et rondes, peuplées de cyprès. Çà et là, des temples et colonnes rappellent les premières amours de celui qui étudia l’architecture à Rome. A travers de telles constructions  l’âme antique de la peinture s’impose mais elles nous ramènent aussi à Paris. Le noir qui n’est là qu’afin de se marier aux couleurs sourdes des pigments terreux, s’oppose intentionnellement et de manière radicale, à toute autre couleur et chaque toile devient une vision de divers mirages  et rêveries.

La technique de l’artiste se mêle à ses fragments de mémoire : ses grands espaces italiens contraste avec le motif de l’atelier, lieu clos où s’absorbe sa vie et s’accomplit son œuvre au moment où  la sculpture donne une nouvelle dimension à son goût pour les formes et les volumes. A travers ses sculptures bifaciales comme « Crocodile-feuille » (2008),  une feuille et un crocodile se mixe en  une nouvelle forme qui naît de leur réunion dans laquelle l’artiste ne dissimule pas une propension à dévoiler une intimité. Cependant on est bien loin de ces évocations "domestiques" où s’éprouve une sociabilité apaisante ou encore une attention portée aux images furtives du paradis d’enfance.

Chez Del Re ce qui est retenu appartient à des moments de vie à l’envers. Ils s’épanouissent à contre-temps, comme s'ils devenaient la marge, le bord des choses, quelque part entre solitude et liberté qui comptaient. On est loin alors d'un panthéisme béat, d’une recherche d’un bonheur perdu, on est à la source même de l'art et de ce qu’il engage. La bipolarité travaille autant l’union qu’elle cède à l'impulsion de la fissure. Elle participe de  la brisure contre l'intégrité de l'étendu tout en revendiquant une unité paradoxale d’une quête vouée  à communiquer une véritable phénoménologie cachée de la vie dans ce qu'elle a de plus intime ( bien loin des prétendus aveux de secrets anecdotique )  à travers  l’économie remarquable des moyens plastiques mis en œuvre pour parvenir  à l’expression révélatrice de la pensée intime, celle qui ne se pense qu’à mesure que le travail  avance.

Tout spectateur de l’œuvre se trouve dès l’abord confronté à l’apparente clarté structurelle de ses  pièces inspirées largement par l’épreuve de la peinture ou de choses vues ou plutôt ressenties au plus profond de l’expérience intérieure. Une configuration minimale s’impose alors, identifiable dès la première vision mais qui  devient récursive d’un tableau ou d’une sculpture à l’autre. Partant - par exemple - de figures  quasiment ornementales  (éboulis, ligne brisée, coulure, reflets) l’art  s’ouvre bien loin du fameux paradigme de la réminiscence dans laquelle mitonne toute une peinture académique.  Pour Marco Del Re  la sensation  n'est plus proustienne mais le médium privilégiée par lequel s’opère la révélation qui ne se contente plus de ressusciter ou de ressasser les traits d’un passé depuis longtemps tombé dans l’oubli. A l’évidence, la mise en perspective est beaucoup plus intéressante et porte la peinture ou la sculpture loin des sentiers battus :  une autre "scénarisation" s’enracine. De la ligne brisée d’une colline à celui d’un bras, tout s'enchaîne et participe à l’élaboration progressive d’un espace alternatif signifiant pourtant de manière unitaire pour le spectateur qui se trouve renvoyé à sa propre expérience du monde.

Nous sommes donc loin des longues intercessions qui peuvent accompagner dans l’art l’expression du sentiment intime. Aucun détour, aucune spéculation formelle ne prélude à notre entrée de plain pied dans cette intériorité annoncée comme telle mais dont le but n’est pas de montrer un « moi ». La peinture devient un étrange discours sur un poème fantôme dont la ligne de fuite ultime, rescapée lointaine de l’éboulis initial, renvoie l’espérance habitable au cœur de celui qui regarde une telle œuvre. Cette détermination du foyer de l’expérience artistique résulte d’un choix plus que stylistique : vital. Marco Del re refuse toute neutralité au profit d'un engagement intime essentiel puisque chez  lui l'intime n'est pas de l'ordre de l'événement il est de l'ordre de l'avènement plastique qu’il définissait ainsi dès 1995 dans son « Petit traité du dessin » (Maeght) : « Disperse Sybille tes feuilles de chênes aux vents, les miennes qui sont imaginaires, je garderais ».

N’hésitant pas parfois à employer le « crayon iodoforme » pour mieux inciser le trait corrosif et, dit-il, « hystérique », l’artiste sa plait à dessiner à l’envers puisque la vie elle même est souvent ainsi. Laissant couler sur la support l’encre ou la peinture seulement lorsque « le bâtiment est en péril », celui qui ne se veut surtout pas un tachiste connaît les enjeux abstraits de l’art même lorsque ce dernier est figuratif : « Il n’est pas nécessaire de s’ouvrir les veines, ni de manger des oranges d’Italie pour dessiner à la sanguine » écrit celui qui connaît la distance entre l’art et la vie. Il sait aussi que l’art ne raconte pas mais dit. Il dit le cœur de l’artiste dans ce qui se résume à la formule qui pour Marco del Re définit le mieux son art : mépris et maîtrise de la forme. C’est là la quadrature du cercle, là qu’un tel créateur n’a cesse de tourner.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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