Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Caroline Chevalier

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Contrats du monde de l'art
de Véronique Chambaud.

Cet ouvrage rassemble les contrats et accords essentiels dont un artiste a besoin tout au long de sa carrière : contrat d'exposition, de commande, de projet artistique, accord de dépôt-vente, bail d'atelier, mandat d'agent d'art, cession de droits de reproduction, etc.
Après avoir précisé le cadre juridique des droits de l'artiste sur ses œuvres, les règles de rédaction et négociation des contrats du monde de l'art, il propose
25 modèles de contrats expliqués et adaptés aux exigences actuelles du marché de l'art.
Pour chaque contrat, l'auteur étudie le contexte légal et jurisprudentiel, donne un commentaire pratique sur les différentes clauses proposées et fournit un mémo de négociation, pour savoir le négocier et pouvoir l'adapter.
A la fois théorique et pratique, l'ouvrage offre aux artistes, aux professionnels du marché de l'art et à leurs conseils un support de réflexion et une aide à la rédaction des contrats indispensables à la sécurisation des relations sur le marché de l'art et la défense des créations artistiques.

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CAROLINE CHEVALIER : LES NUES ET LEUR CONTEXTE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

caroline chevalierSouvent dans les œuvres photographiques de Caroline Chevalier une femme est offerte au regard (avide?) du voyeur. Pourtant il y a un bémol : avec habileté l'artiste tord le cou au fantasme par la mise en scène auquel ce corps est soumis. La contextualisation joue un rôle central dans l'exhibition. De chaque prise émerge une forme d'humour et aussi d'interrogation : le corps est par exemple  monté sur un socle d'assiettes. Dans un autre cliché il glisse dans une piscine vide ou encore  - vu de dos - une femme nue tient un revolver sans que l'on puisse dire ce qu'il vient ou ce qui va se passer.

En dépit de cet "activisme" surgit toujours une forme de pureté dont la nudité reste le symbole. Mais ce symbole se tord. Le contexte lui offre un démenti afin de faire entrer moins dans un monde de l'onirisme que dans celui du doute. Au mystère de la présence du nu répond l'énigme du lieu où il se retrouve. Certes la femme en son intimité (promise?)  est recherchée et découverte.  Mais la nudité  exhibée est marquée du sceau de l'interdit d'un nouveai genre. Caroline Chevalier prouve qu'elle est devenue chose commune à l'iconographie, si bien chez elle que la transgression et la subversion prennent d'autres voies. Le contexte réaliste et/ou ludique semble en désaccord avec le sujet même de la monstration.  Si le corps nu en reste le centre, le regard est dérouté par ce que la photographie narre. L'artiste détourne la thématique du nu de ses douceurs habituelles. Le corps saisi en une technique photographique toute en subtilité et en couleurs douces n'allume plus le feu charnel. Face aux nuits sexuelles l'artiste opte pour une autre lumière et une autre brûlure. Elle prend à revers bien des modes et leurs poncifs en cultivant l'énigme.

D'où les questions majeures que pose la nudité chez Caroline Chevalier : Qu’est ce qu’une image ouvre ? Que devient l’art quand la nudité du corps s’en empare, c’est-à-dire l’agrandit, le blesse et le renverse ? Quelle sidération est proposée ?  La créatrice opte non pour un dégagement mais afin de prouver souvent avec humour que la nudité offre un champ bien plus fort que celui dans lequel on la réduit : à la femme de Botticelli qui sort de l'eau répond la naïade que la photographe saisit : une naïade  qui glissant dans sa piscine n'y retrouvera jamais l'eau lustrale.

Caroline Chevalier cultive le déceptif de manière aussi perverse  qu'humoristique. Mais le tout de manière feutrée, sans y toucher. D'autant que ses modèles restent intouchables. Le corps reste assez éloigné et perdu dans le plan et lorsqu'il se rapproche il est vu de dos.  La photographe montre mais selon un principe autant naturaliste que distancié. Cette stratégie ne sert plus d'exutoire ou de refuge. Trop souvent en effet la nudité dérobe, recouvre.  Elle est du motif, du leurre. Elle n’ouvre pas, elle ferme. C’est un piège du regard. L'artiste sait comment ce piège fonctionne. Elle en joue tout en en affichant les "trucs" par effet de narration décalée.

La nudité coupable n'est ni nuditas criminalis - qui dénote la débauche, l’absence de vertu même lorsqu'un de ses modèles affiche une arme - ni  nudité esthétique et hédoniste propre à faire sourdre des désirs vicaires. Elle devient  quelque chose de plus profond : la  nudité d’un langage. Celui-ci renverse les standards. Lérotisme qui peut surgir des œuvres ne vient en rien remettre à mal l'intégrité de la femme. Photographier sa nudité ne se limite plus à se poser simplement devant un corps. Celuui-ci n'est pas "objet"  mais "sujet" qui révèle la quête d'un langage à la fois littéral et métaphorique. Pour Caroline Chevalier lever le secret de l’intime invite à atteindre un autre secret. Cela ne se fait seulement sur le registre de simple dévoilement figural. Le nu n'existe que pour manifester une courbure, un  symptôme d'un effet particulier. Ils jouent à la fois sur le plus "essentiel" (beauté du corps) et le plus factuel et quotidiennement trivial.

Caroline Chevalier par l'opposition entre le sujet et le décor transgresse le visible. Par contextualisation inattendue le  regard ne plus se promener sur "la viande" et s’en contenter.  L'hédonisme devient ascèse. Ascèse et délivrance. Une brèche est ouverte dans des lieux habituellement peu propices aux rites du désir.  Chaque nu devient en conséquence une cosa mentale. Elle interpelle celui qui la regarde. La photographie n'est donc pas une peinture de boudoir pour voluptueux. Elle sort des sentiers battus (où l'une des héroïnes court). La connivence qu’elle propose est d’un autre ordre. Preuve que la plus simple image n’est jamais simple. Preuve aussi que l'image la plus nue est plus enrobante qu'on ne le croit. Son évidence au sein d'un certain réalisme, d'une certaine littéralité ouvre à la vérité nue de l'ordre de l'évidemment.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.