Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Charlette Morel Sauphar

Charlette Morel Sauphar

Charlette Morel-Sauphar, formée à l’école des Beaux Arts de Mâcon (gravure,
sculpture, calligraphie chinoise), et à l’atelier Henri GOETZ à Paris, a créé une
recherche graphique originale dans le domaine de l’estampe.
Charlette Morel Sauphar est présente dans de nombreuses collections publiques et privée.
L’Institut National pour la Propriété Industrielle lui délivre le 16 février 2001, un brevet d’invention pour Diastampe (procédé de fabrication de gravure projetée) et dépôt de marque.

« Je pense que les oeuvres d’art peuvent montrer que l’esprit ne s’arrête pas là où l’on croit, et que l’environnement dans lequel on vit ne s’arrête pas là où l’on croit qu’il s’arrête.
L’esprit et l’environnement sont une seule et même chose ;mon art est d’essence méditative : dans le territoire de l’art on ne s’affirme pas, c’est le territoire du jeu et des hypothèses.
La méditation artistique est donc par essence interrogative, méditative ».

Charlette Morel-Sauphar



Le guide de l'artiste: Tout ce que vous avez toujours voulu savoir pour émerger dans l'art

A l'adresse de tous les artistes, professionnels et amateurs, ce guide volontairement concret rassemble l'essentiel de ce qu'ils ont toujours voulu savoir pour émerger dans le monde de l'art contemporain en France et à l'étranger. Il apporte des réponses aux questions clés quand on veut réellement évoluer dans l'art, à la sortie d'une école d'art ou en autodidacte : Qui sont les acteurs du monde de l'art ? Quels sont les choix à faire au départ ? Comment assurer sa viabilité ? Quelles pistes pour développer sa visibilité ? Sorte de petite "bible" de conseils stratégiques et pratiques, Le Guide de l'artiste livre les conseils et les secrets utiles, et souvent étonnants, des plus grands spécialistes français : le curateur Nicolas Bourriaud, la directrice de la Fiac Jennifer Flay, le président du Prix Marcel Duchamp Gilles Fuchs, le collectionneur Guillaume Houzé, le galeriste Emmanuel Perrotin et le directeur du Palais de Tokyo Marc-Olivier Wahler, qui interviennent aux côtés des plus grands collectionneurs, galeristes, directeurs d'institutions et curateurs de la scène internationale. Mais c'est aussi un carnet d'adresses regroupant en un seul volume plus de 1 500 contacts et adresses de professionnels et d'organismes d'art contemporain : lieux d'exposition, centres d'art, galeries, foires, biennales et festivals, mais aussi bourses, prix et résidences d'artiste, sans oublier les écoles d'art, revues et éditeurs liés à la scène contemporaine. Visant à offrir au lecteur la plus large visibilité du monde de l'art contemporain en France et à l'étranger, Le Guide de l'artiste est un ouvrage destiné à devenir un incontournable pour ceux qui veulent faire de l'art le coeur de leur vie.

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Charlette Morel Sauphar: présage de lumière.

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

charlette_morel Charlette Morel-Sauphar trouve toujours les interstices pour les métamorphoses et afin d’entrer en symbiose avec la lumière. Elle utilise pour cela deux clés. D’abord le travail de pressage auquel elle soumet divers objets non pour les compresser mais les transformer. Ensuite et entre autres, la « diastampe » procédé inventé par l’artiste et qui se rapproche d’une forme de diapositive sophistiquée capable de projeter des images sur divers supports immenses ou plus intimes. De cette technique surgit une lumière qui à travers les formes conçues pour elle vient manger l’ombre.

A tous les sens du terme le spectateur de l’œuvre est non seulement rattrapé par la lumière : il en est trempé. Il convient d’accepter cette pluie nourricière puisqu’elle est substance et nudité. Sous la décharge un espace cosmogonique prend naissance. Chaque diastampe est un repérage par un élément concret d’un élément plus symbolique témoin de l’être et de son histoire au delà de sa propre dimension temporelle.

Nous voici, par franchissement de seuils, en marche vers le dénouement, vers le dénuement en un « Fiat Lux in Tenebris » pour sortir de l’Abyme. Charlette Morel-Sauphar dont le travail est fortement ancré au sein d’une mystique judéo-chrétienne ne délivre pas pour autant des images pieuses. En ses écrasements lumineux et chargés de couleurs primaires l’artiste désigne un chemin qui se perd et dans lequel la lumière crisse, va du ciel à la terre, de la tuerre au ciel au sein d’une suite de tempêtes.

Quelque chose résonne et résiste par la lumière : la profondeur des rythmes premiers en un rayonnement qui irradie la nuit de l’être. Cette vibration lumineuse efface les pensées de néant : s’introduit soudain un rapport à l’enfance au monde, au besoin de présence, au désir d’exister. La diastampe viole le noir, elle le tord pour qu’il parle, pour qu’il devienne à son tour force d'exister.

Contre les parois des murs comme contre celle de la maison de l’être le bleu, le jaune, le rouge annoncent le sens d'un long devenir. Il faut suivre leur trace et donc poursuivre l'artiste à la trace, d'une diastampe à l'autre, pas à pas. Se scandent par la lumière des mondes oubliés, des cosmogonies perdues ici ou en des cultures foraines.

Dans une telle recherche la matière s'efface pour ne laisser que son empreinte afin que l’être se retrouve à l'arrivée et au départ. Dès lors, il n’existe aucun abri que la lumière ne dénude. Les œuvres de Charlette Morel-Sauphar nous arrache hors de tout point d'appui, même si l’image ne fait que passer, comme si elle ne permettait que d'entrevoir l'essentiel, comme si aucune vérité ne pouvait être fixée.

Ce qui paraissait roc se creuse, se volatilise pour laisser place à la crue d'un fleuve intérieur et qu’émerge une émotion où le désir (pas seulement sensuel) brille en plein jour. C’est pourquoi, ici, la lumière n'est pas sans rappeler ce que Plotin appelle “ hypostase ”, une réalité à la fois concrète et intelligible, impalpable mais sensible.

Des accords se dégagent qui résonnent en nous. Ainsi par l’image fugitive, fugace, impalpable un souffle surgit par implosion de lumière. En tombant en rafale elle étend la trace solaire en ses scintillements. Le corps - pas seulement le regard - est pénétré par le poids de l'image au moment même où pourtant elle n'existe plus en tant que matière.

Dès lors, par-delà la frayeur des ténèbres, émerge une fronde convulsive. Oui l'image efface le noir, le fait souffrir, le biffe. Toutefois l’artiste sait que tenter de mettre la main dessus et se serait l'éclipse. Elle se contente donc de lui ouvrir une porte afin qu’elle puisse passer et grandir.

Soudain la lumière nous guette par morsures. Sous le ciel de bitume (écran premier de la diastampe) les lunes cillent en décades. L'origine est ici : mondes plantés de retours, par-dessus bord, à l'assaut des solitudes et de la mort. Images injectées de cieux solaires, d’hiéroglyphes détruites.

Surgissent ces clartés en polyphonie ouvrant la chambre du noir. On ne plus plus vaquer au seul risque de s'ensevelir. On franchit d'étranges passages : nulle fin et nulle entrée. Passage, que passage. Dérive nécessaire dérive. Dans le pli des matières que la diastampe dénude, au creux de sa surface le silence des infinis en forme de vacarme. C'est là - sur l'écran noir ou sur les murs levés - qu'un écart se creuse. Devant, derrière, dedans ce trou creusé dans l'apparence pour cette intimité oubliée avec le visible.

Quelque chose peut surgir. Et, soudain, s'ajoute aux rires d'ébonites ce seul et unique espoir : franchir le seuil pour sortir de nos propres obstacles..

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.