Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Martine Chaperon

Martine Chaperon

La peinture est pour moi le moyen de jeter sur la toile ou le papier, mes émotions. 

J’utilise pour cela principalement les acryliques, pigments et liants vinyliques, qui sèchent 
rapidement et permettent de travailler par couches successives de façon à créer des matières 
qui accrochent la lumière, les ombres….et les idées. 

Je déchire, je colle, je recouvre en partie le travail ébauché, laissant apparaître des aspects  fugitifs et cachés de mes émotions que je dévoile et fixe avec la peinture. 

Le bleu est ma couleur. Viennent s’y ajouter les ocres, les terres naturelles ou brûlées, le 
rouge, le noir et le blanc enfin, ndispensables aux contrastes forts. 

Les évènements que je traverse me donnent le ressenti dont j’ai besoin pour travailler. Je me  jette alors dans la matière et j’aime aligner les séries de format, couleurs, collage et  techniques identiques.

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MARTINE CHAPERON : LIEUX DU DESIR

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

martine chaperonChez Martine Chaperon le corps nu se perd dans le lieu du tableau.  S'y perd mais s'y retrouve. Le reste s'efface.  Reste le nu visible tel un volume plein isolé dans l’espace. Et nous voici ramenés presque malgré nous à un espace de la déposition. Le corps redevient ce qu’il est depuis toujours : un objet de perte et pose la question insoluble du désir.

Est-ce celui d’un moi pur ou celui qui veut se confondre avec celui le désir de l'autre ?  Tout ce qu'on peut en dire est que ce corps nu devient l’inverse de celui d’un gisant. Sa présence persistante demeure le point de démarcation d’un état de vision et d’un état d’oubli, d’une état de vie spéculaire et d’un état particulier d'existence. Nous sommes bien plus que devant une ombre survivante : devant  une représentation inquiétante parce qu'elle nous échappe.

Surgit une conversion d’un état renaissant à un état naissant. Entre les deux : la peinture navigue au milieu de l'abstraction et de la figuration. Ce jeu est là pour suggérer la précarité du désir. Comment dès lors ne pas voir ou entrevoir à travers la graphie de ces nus le relevé virtuel ouvrant à l’expérience visuelle et fantasmatique la plus intime de notre corps livré non à l’espoir d’une définition mais à la sommation d’une assomption ?

Une telle peinture  nous parle aussi d’anatomie. C’est à dire de notre déchirure et de notre découpe. Il s’agit pour la peintre de retrouver une intériorité architecturale, générique. La créatrice reproduire cette intériorité par une topologie mouvante qui n'est plus seulement anatomisé par le fantasme. Reste du corps ses éclats comme si tout lieu était pensé comme un organe et tout organe comme un lieu. Une rêverie architecturale se déploie et jouxte une rêverie organique.

La peinture de Martine Chaperon, dans sa tonalité colorée, crée un volume au delà même du plan.  Elle recueille le désir qui est le vide entre la main et la peau, entre l’esprit et le corps. Elle devient capable de toucher de la pensée ou du langage. Mais toucher n’est pas saisir. Encore moins posséder.  L’artiste iséroisetravaille des traces qui permettent une connaissance  tactile, intime  – rapprochée.  Entre l’espace et le regard il n’y a que le secret de la peinture qui devient le champ de fouille du désir et celui du corps qui le sculpte.

Les  tableaux deviennent peu à peu une peau limite, une peau immersion. Le secret demeure ainsi, à travers ce que l'artiste en montre : non pas ce dans quoi nous habitons mais ce qui nous habite et nous incorpore en même temps pour aller chaque fois plus avant, plus nu et audacieux.  Les couleurs étranges et parcellaires font parler le désir son énigme. La peinture devient la matière du corps qui échappe mais que l'on sent  battre.   Elle détermine le déchaînement annoncé, la dépense de vie  lorsque la femme avance en une nudité promise, en sa blancheur de neige dont l'artiste fixe le cercle.


Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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