Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Cai Guo Qiang

Exposer dans Mirondella
la galerie d'art en ligne d'Arts-up




C'est son formidable dynamisme qui caractérise l'art contemporain chinois et aussi sa jeunesse, son énergie, sa vitalité, son humour. Cette scène peu et mal connue, Michel Nuridsany nous la fait découvrir dans des textes alertes et complices, informés aux meilleures sources : les artistes eux-mêmes. La Chine, il y va depuis 1996, visitant les ateliers, fréquentant les artistes dont beaucoup sont devenus des amis, assistant aux biennales et aux évènements les plus considérables de ces dernières années, spectateur privilégié des transformations qui ont propulsé cet art au premier rang sur la scène internationale. En parfait accord, Marc Domage a photographié les œuvres, les artistes, mais aussi les ateliers, les appartements, (environnement les vernissages, les galeries, les musées, les rues, les gens. Bref, voici la scène artistique chinoise comme si vous y étiez. Vous découvrirez ici l'effervescence de la fin des années 1970 avec le groupe des Étoiles, le Pop Politique et Cynique des années 1980 et 1990, le Gaudy Art et l'émergence ironique et heureuse de la toute jeune génération qui s'exprime à travers la performance, la vidéo et les jeux vidéo. En 30 artistes, 30 ans d'art contemporain chinois.

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CAI Guo Qiang : par l'image et par le feu

par Jean-Paul Gavard-Perret


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Né en 1957 à Quanzhou, en Chine, Cai Guo-Qiang a grandi pendant la Révolution Culturelle avant de partir au Japon puis de s'installer à New York où il vit et travaille depuis 1995. Connu pour ses œuvres pyrotechniques (il a conçu les feux d'artifice des cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux Olympiques de Pékin), l’artiste utilise d’autres éléments de la culture chinoise traditionnelle comme le cerf-volant, la jonque, le  bambou, la calligraphie entre autres et selon les préceptes du feng shui. Il double son travail de nombreux écrits  pour permettre à un public non averti de comprendre les principes de ses œuvres. Multipliant les approches et les perspectives, celles-ci s'inspirent volontiers de la mythologie, de la philosophie bouddhiste, de l'art militaire, de la cosmologie taoïste, de la médecine chinoise mais aussi de la violence terroriste, des observations d'extraterrestres et des tactiques révolutionnaires maoïstes. 

Son œuvre peut se scinder en quatre parties : des dessins réalisés à base de poudre de canon, des projets d'explosion, des installations et des projets sociaux.  Et tout au long de sa longue carrière, Guo-Qiang a reçu de nombreux prix qui lui ont attribué un prestige international. Il est tout aussi capable de réaliser des polyptyques  à partir d'images documentaires fixes prises sur un moniteur TV que de peindre de manière impressionniste. Mais pour lui, dans notre un monde rempli de changements et de variables, le besoin de stabilité pour travailler dans un espace et un environnement contrôlés est particulièrement attrayant. Les difficultés rattachées à la peinture et au dessin sont des défis qui le poussent à chercher  toujours plus loin. C’est pourquoi son œuvre est si riche et si variée même s’il est reconnu d’abord pour ses interventions pyrotechniques in situ.

 

 

Il existe dans son approche la juxtaposition le geste contrôlé de la peinture et celui de la force incontrôlable du feu. C’est selon sa « philosophie » le moyen de souligner la dichotomie entre la nature humaine et les forces cosmiques, tout en les conciliant de façon harmonieuse  par l’art. Dans la diversité de ses expérimentations, Guo-Qiang suit paradoxalement à la trace l’être humain à travers ses transparences ou ses opacités. Au sein des jeux entre la lumière et l’obscur il fait jaillir un clarté parfois d’angoisse, parfois de violence mais aussi de douceur.  Cherchant à relier ce qui a priori ne peut l’être il se veut une sorte de Sentinelle du futur.

De  ses œuvres émerge un battement sourd comme celui d’une porte dérobée. Nous semblons atteindre le bout du monde dans les obscures clartés qu’il dispense. Les formes parfois bougent comme des oiseaux blessés ou des âmes perdues à travers le temps.  Et son rêve demeure de se retrouver un jour quelque part où les vivants se pardonnent entre eux et où les eaux profondes ne restent plus empreintes de miasmes mortels. Il met ainsi en marche ses machines de guerre pour nous pacifier. Cela peut sembler un contresens : mais l’artiste sait qu’il faut d’abord nous réveiller d’un profond sommeil.

L’art n’est pas pour lui un  fleuve d'oubli : il doit ouvrir à l'éclat de lune des livres anciens des métamorphoses. Guo-Qiang est donc le contraire d’un marchand de sable. Il nous apprend le non perçu que chaque élément contient.  Et il trouve dans cette approche un moyen de nous faire réagir, de nous émouvoir par la conflagration d’images  afin que l’histoire de l’homme  se distingue enfin de celle de l’escargot. Pour lui, il ne faut pas que l’être demeure enroulé dans sa coquille.
Guo-Qiang propose le jour qui libère le bruit et la fureur mais aussi les papillons et les fleurs. Mobile,immobile,immobile, mobile telle est son œuvre. Elle nous rappelle dans ses tremblements que le bonheur risque toujours de se sauver parmi les vagues. Elle fait de nous des enfants éclairés et réveillés capables de vivre dans un monde où l’ arc-en-ciel n’est pas qu’un rêve.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.