Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre Leloup et Mylène Besson

Pierre Leloup - Mylène Besson

leloup besson
photo : Bernard Plossu



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MYLENE BESSON ET PIERRE LELOUP : MADE IN HEAVEN

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Pierre Leloup et Mylène Besson, «Face à face», Musée Faure, Aix Les Bains du 14.01 au 27.02. 2011.

Les deux œuvres de Mylène Besson et Pierre Leloup séparés il y a un an par le dècès du second conjuguent l’altérité, la distance comme la proximité en créant l’extériorité de divers pans lumineux étendus sur le corps. Tout se fonde par effet de littoral. S’y conjoignent sans cesse l’ouvert avec le retrait, l’éclaircie avec la réserve, l’éveil au corps avec la souveraineté de son retrait. L’humain est porté à découvert.
Soudain on se souvient qu’être sur terre veut dire être sous le ciel. Cela veut dire être aussi dans l’atelier des deux artistes. C’est de là que tout part et que constamment tout revient. Sans doute les créatures des deux artistes rêvent-elles de tomber indéfiniment dans le ciel. Rêvent-elles d’y dormir comme elles s’allongeaient dans l’atelier ? 
Néanmoins la double création reste résolument  verticale - même si en un temps plus ancien Mylène Besson  peignit des femmes douloureusement repliées de manière fœtale. Les deux artistes retrouvent ainsi l'attestation de la "merveille" dont parlait Giacometti : à savoir qu'un être puisse se tenir debout. 
Mais ce corps est  aussi le corps même de la peinture. Dans ses œuvres les plus puissantes Pierre Leloup  peignit des dos nus, sachant que "ce qui est le plus profond dans l'homme c'est sa peau" (Valéry). Quant à Mylène Besson ses reines et ses maîtresses restent la figure rémanente et le témoignage perpétuel de la disparition.
Pour autant leur verticalité n’est en aucune manière une nostalgie pour le divin. La peinture vit ici sans son recours. Et le couple n'oublie jamais l'humain trop humain. Il agite les deux œuvres et leurs hautes figures immobiles. Elles  prirent naissance dans le petit jardin arpent d'un paradis terrestre et un lieu secret de lumière. Leur recherche fut donc grande de bonheur. Ils le donnent en partage entre désir fou et infinie tristesse, entre douleur et joie. Chez l’un comme chez l’autre surgit un temps où le rien laisse la place à une épaisseur paradoxale. La lumière se retire des choses pour apparaître sur les êtres comme une caresse: tactilement.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

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Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.