Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Bena


Bena

Née à Lyon en 1961, Bena est une artiste peintre professionelle. Nombreuse expositions de par le monde, en particulier en Chine, pays où elle a résidé deux ans.
Vit et travaille à présent en France dans la région Rhône-Alpes.

Bena :
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BENA ou L’EXTASE NUE

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Au départ il y a un ressentir, un mouvement d'ouverture. A chaque toile et sous diverses variations de formes et de couleurs Bena tente de retrouver une impression originelle. Elle lui donne des résonances plastiques et une élévation. L'artiste s’adresse à nous en dépliant ses émotions non comme une fiction  mais comme une toile. Celle-ci n’est jamais un suaire mais le nécessaire écran sur lequel se révèle la réalité la plus enfouie, la plus reculée. Face à un monde où les sens sont clos sur eux-mêmes, l'artiste crée un élargissement, un approfondissement.  Elle sort de ses mains, de son couteau et de ses divers outils sa réalité. Celle-ci implique un secret. Mais il rayonne en une solennité..

Chaque œuvre  tente d'accéder à un infini spirituel où  se voit la vie intérieure et extérieure. Afin d'y parvenir Bena mixe des influences orientales et occidentales. Elle atteint une strate profonde de l'être dont, peut-être, le fond de nostalgie tend à se réaliser sur la toile mais selon un rapport obscur. Surgit quelque chose non de l'interdit mais de l'intouchable. Cela provoque une fascination qui ne doit rien au ressemblant, au simulacre mais à la confiance et à l'angoisse de la créatrice. Son travail s'axe selon un principe de plaisir mais aussi de doute perpétuel qui la fait avancer jusqu'à trouver des formes autonomes chargées d'une loi spécifique.

De plus, chez Bena la peinture n'est pas métaphorique. L'artiste tente de trouver les "correspondances" chères à Baudelaire. Elles nimbent la peinture et transforment le réel en un jeu sensoriel dont les "égarements" provoquent une sorte de lucidité ou d'extra-lucidité. Le nuancier, la palette de couleurs deviennent la tentative d’appréhender la vie au plus juste, au plus près avec la part de risques que cela suppose.

Demeure chez l'artiste, plus que la perce-neige, une fleur imaginaire qu’on appellera « perce-nuit ». Toutes les sensations mises à jour dans l’oeuvre rappellent à l’être l’envie d’être en vie. Bena la convertit en variables visuelles dans ses toiles agissantes. Leur langage pénètre sans jouer du charme, de la caresse ou de l’ornemental. Il touche à l’embrun  maternel, au mouvement de houle que l’homme trop souvent se refuse.

L’oeuvre se fait en conséquence tableau "vivant". Elle devient le barrage à bien des tromperies, des errances. Par les sensations nous plongeons dans une structure existentielle. Bena franchit donc l’au-delà de la frontière où se défont des silences et des ombres. Elle devient la créatrice de l’extase « captive » du pur désir de vivre. L'œuvre transperce les ombres et reste à la recherche de la fraîcheur de sensations. Nous sentons le corps l'artiste vibrer à l’unisson d’un monde parfois perdu mais toujours à retrouver.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

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