Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Andrew Wyeth

andrew wyethAndrew Wyeth

Né Chadd's Ford près de Philadelphie en Pennsylvanie le 12 juillet 1917 et mort le 16 janvier 2009

 



La jeune femme qui descend l'escalier
de Jean-Paul GAVARD-PERRET

Sur le modèle de la Lettre à jeune poète de Rilke, ce livre s’appréhende comme une rencontre différée, une mutuelle invention plutôt qu’un soliloque – sinon à deux voix... Et une visée rédemptrice de celle à qui ce texte est adressé surgit. Par effet retour, elle glisse celui qui parle hors du rien. D’où ce paradoxal corps à corps dans le jeu des espaces d’un côté, et, de l’autre, la vulnérabilité paradoxale des mots au sein d’un « pas de deux » dans ces textes marqués par la danse donc par le corps. Le recours à l’éloignement n’est pas là pour offrir une version nouvelle du fétichisme de celui-là. L’écart créé éloigne des rapports humains contemporains qui s’évanouissent dans la consommation d’une chair provisoirement offerte. Il peut donc exister un goût clinique de l’amour bien fait, un goût du lisse qui forge une relation au sein de la distance. Elle n’est que la conscience aiguë d’un respect essentiel, un point de vie par effet d’empreintes des blessures afin que ces dernières s’effacent.

» Bon de commande ( prix : 10,00 €)
» Editions du Cygne


Andrew Wyeth, peintre académique?

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Andrew Wyeth - Le monde de Christina
reproduction disponible sur Allposters

Le peintre américain Andrew Wyeth qui vient de s'éteindre dans sa Pennsylvanie natale semble le modèle du peindre académique. Pour s'en convaincre il n'y aurait qu'à égrainer ses distinctions. Citons--en trois (presque au hasard...) : Membre de l'Académie Française des Beaux-Artts ainsi que de celle de l'ex Union Soviétique  ou encore Médaille d'Or du Congrès et "Mational Medal of Arts" dans son pays. Cela suffit à caler son homme dans une posture archétypale d'une convention picturale. La toile "Christina's World" où l'on découvre une femme vue de dos allongée dans un pré et regardant un paysage agreste reste d'aileurs une des plus populaire aux USA.

Pourtant il faut savoir décrypter l'oeuvre. Wyeth demeure à la peinture de son pays l'artiste ce que le compositeur Ives représente en musique.
Les deux artistes sont très peu connus en Europe mais jouissent dans leur pays d'une réputation immense mais controversée.
Wyeth est devenu le peintre emblématique d'une certaine Amérique ou de son rêve, de sa légende. Il est le paysagiste spécialiste de la campagne de la Nouvelle-Angleterre et du Maine,  de leurs maisons victoriennes et d'une vie paisible. La facture du peintre est, on s'en doute, réaliste, classique d'une minutie extrême et superbe à l'opposé de Edward Hopper auquel il fut cependant souvent comparé à l'époque où ce dernier s'intéressait aux mêmes paysage. La peinture de Wyeth reste une peinture idéalisée, campagnarde. Elle tourne le dos à la modernité urbaine, à la violence et, en conséquence comme en parfaite logique, aux audaces et aux transgressions  d'un art "contemporain". En ce sens le peintre reste bien sûr politiquement et américainement très correct, il est même le symbole d'une peinture Wasp (White, anglo-saxon protestant) et fut à ce titre le premier peintre vivant à accrocher un de ses tableaux à la Maison Blanche. On ne sait si Obama va garder cette toile légèrement teintée de mélancolie...

En 1986 pourtant surgit, si l'on peut dire, une ombre à ce tableau édifiant.Wyeth accepte d'exposer plus de deux cents dessins et aquarelles qu'il a réalisé en faisant poser parfois  nue une de ses voisines. Le scandale fait grand bruit mais il permet de considérer l'oeuvre dans son ensemble sous un autre oeuvre et de découvrir  des détails singuliers là où l'on ne voyait qu'une peinture paisible, idyllique et bien posée. Le peintre a exhibé de fait un leurre : à savoir de merveilleuses images avec d'autant plus de mérite qu'ils voulaient qu'elles soient réelles tout en sachant qu'elle n'était pas.
Cette peinture de rêve est une manière de rêver la peinture loin des théoriciens de la forme qui n'optent que pour les transgressions que le peintre vit multiplier autour de lui.

Or il faut apprendre à regarder les toiles les plus classiques et savoir plonger dans leur épaisseur textuelle au lieu de ce contenter de les taxer un peu trop vite de passéisme. Il existe en effet, si on veut bien regarder de plus près cette peinture, un travail de polysémies dans les figures et  les paysages de l'artiste. Il fait de sa peinture non une simple représentation mais un objet nouveau capable, sous le sceau d'un classicisme de facture, d'affronter l'art de manière adulte et non sur un modèle  expérimental parfois adolescent qui dénie la forme hors le forme admise. C'est dans le registre classique que Wyeth s'est battu en appelant toujours une responsabilité plus haute à son art.

Là où la peinture appelle une telle responsabilité, il est peut-etre trop facile de la réduire à néant sous prétexte que le peintre n'a pas mis en question son instrument et son langage. Il est d'autres voies plus subtiles qu'il n'y paraît parfois à la création picturale. Et à sa manière Wyeth voulut changer la vie, changer la peinture , non par la voie du concept ou de la déceptivité  mais par l'adjonction  de significations et de formes dans le langage admis. Plutôt que la faille ou le déni il spécula sur la technique pour aller au bout de sa
réalisation: atteindre un lieu pictural où la présence se lève. C'est suffisamment rare pour être salué. Cela suppose une résistance à la matière, aux lois que la science picturale occidentale  a accumulé.
Elles encombrent peut-être l'espace de la toile mais au lieu de faire une croix dessus Wyeth a tenté de les pénétrer afin de toucher une sorte d'insaisissable.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.

Jean-Paul Gavard-Perret
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