Artistes de référence - Les chroniques de Jean-Paul Gavard-Perret

Ai Weiwei


Ai Weiwei est né en Chine en 1957.
Après avoir vécu plusieurs années aux USA il est rentré en Chine où il vit et travaille à présent.

Ses œuvres ont été exposées aux États-Unis, en Belgique, Italie, Allemagne, France, Australie, Chine, Corée et Japon. Son travail a été présenté à la Biennale de Venise, à la Documenta 12 de Kassel, etc.

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Ai Weiwei : le parti pris des choses

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Impliqué dans les premiers mouvements avant gardistes puis exilé volontaire aux USA Ai Weiwei est devenu une figure emblématique de l’art chinois. Non seulement il est photographe et artiste mais occupe des fonctions quasi officielles de commissaire d’expositions, de conseiller pour des collectionneurs ou des projets architecturaux. De plus Ai Weiwei s’est toujours distingué par la valorisation de l’art non officiel, à savoir celui qui laisse voir derrière les paillettes de la modernité (comme de l’ère maoiste) le gâchis. Il sait que la nouvelle Chine n’est pas exempte de répression. Elle touche l’art jugé transgressif. Mais l’artiste a compris que sur le plan esthétique les responsables idéologiques tenaient un profil bas – sans doute pour eux l’art n’a pas de conséquences capitales et n’est pas un levier assez puissant pour mettre à mal leur pouvoir. Et toput compte fait l’art peut aussi devenir le signe d’une bonne santé économique à moindre frais.

Weiwei tire son parti de cet état de fait. D’autant que plastiquement l’artiste est très doué. Il possède la vivacité suffisante pour mettre à nu la vacuité du monde à travers un conciliabule de chaises vides ou d’autres objets rencontrés sur sa route. Chaque fois il sait se saisir du réel et le mettre en scène dans un exercice de sabotage et de clairvoyance. On n’arrête pas son regtrd, on ne l’endigue plus. Il existe dans ses photographies une sorte de montée du fond spécifique. Ce dernier n’est pas là pour enjoliver ou distraire mais il montre plus précisément le contexte du propos. Chez Weiwei le fond n’est donc jamais un blanc prêt à s’abolir. Comme il le dit « je sens tout l’espace dehors autour de moi » et par cette porosité constructive il donne de « l’espace de découragement » provoqué par la transformation de la ville un visage critique. L’immensité urbaine surgit à travers une simple chaise ou « un coin quelconque n’importe où ». N’importe où ou presque car rien n’est anodin. Photographe des objets (mais aussi des badauts) Weiwei n’a cesse de traquer des « ressemblances » qu’il sait hors d’atteinte. C’est bien là son parti-pris des choses dans la dialectique qu’il entretient avec le monde mais dans lequel l’art plus qu’un medium ou un témoin devient une distance. Elle permet d’indéterminer irrémédiablement ce qui paraît si important aux hommes mais qui pour Weiwei reste suspect à l’existence.

Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Paul.Gavard-Perret@univ-savoie.fr

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Né en 1947 à Chambéry, Jean-Paul Gavard-Perret est maître de conférence en communication à l´Université de Savoie. Il poursuit une réflexion littéraire ponctuée déjà d'une vingtaine d'ouvrages et collabore à plusieurs revues.